Obama ou l'effacement de l'Amérique

n° 152 - Été 2016

Par un cruel paradoxe, c'est sur le champ d'action où il espérait insuffler le changement le plus marquant que Barack Obama restera le plus critiquable. Le Moyen-Orient offre, en effet, à la vue du monde le spectacle flagrant du recul de l'hyperpuissance - constat qui restera indissociable du bilan du 44e président américain. Il est, en tout cas, impossible d'en douter face au bilan (provisoire) du conflit syrien : de 2011 à 2016, près de 300 000 morts, 8 millions de personnes déplacées, 4 millions de réfugiés. Sans oublier que cette aggravation continue s'est accompagnée d'un retour en force inattendu de la Russie sur la scène internationale.
Certes, on ne saurait rendre le président américain responsable de la guerre civile syrienne. De même, il y aurait une naïveté passéiste à croire qu'un président américain, quel qu'il soit, a désormais les moyens de juguler les convulsions du monde arabe. Mais il est légitime de s'interroger sur le rôle des États-Unis dans cette aggravation, sur leur incompréhension de la nature même de cette déflagration et, surtout, sur la dimension internationale qu'elle a acquise au fil des mois. C'est de cet éclairage que pourront se déduire à la fois l'après-Obama, les lignes de force d'une autre politique étrangère et les marges de manoeuvre qui demeurent celles de la plus grande puissance militaire de tous les temps.
De toutes parts, la campagne des primaires américaines de 2016 renvoie, si l'on peut dire, l'écho du vide laissé par Barack Obama. Un échec conceptuel et un déficit d'action. À cet égard, l'émergence d'une personnalité telle que Donald Trump - qui suscite un profond rejet parmi l'establishment républicain - apparaît comme le symptôme accablant des insuffisances de l'actuel président. Le slogan du candidat républicain « Make America great again », qui sonne comme une charge, séduit un large public au sein d'une Amérique nostalgique du temps du rayonnement.

Le piège syrien

La guerre syrienne marque l'acmé de l'effacement américain (encore que les États-Unis alignent sur le front irako-syrien plus d'une centaine d'avions, 3 300 hommes et trois bâtiments de guerre, dont un porte-avions (1)). Un effacement qui, en réalité, tient davantage de l'hésitation que du tournant clairement défini. L'évolution des concepts stratégiques de l'administration Obama est allée de pair avec la dégradation de ce conflit. Perçu comme régional au départ il est devenu international à une vitesse surprenante car, à l'inverse de Washington, Moscou a fait du prurit syrien une occasion de refaire de la Russie un partenaire incontournable. Tandis qu'Obama évitait de s'engager, Poutine a, de manière tout aussi empirique, décidé de s'investir.
Les deux idées nouvelles des stratèges américains ont été ainsi prises en défaut. L'une - la « light footprint strategy » - a été élaborée concomitamment à la répression menée par Assad, mais n'avait pas la Syrie pour ligne de mire : le recours aux moyens d'action furtifs (drones, opérations spéciales, guerre électronique et surveillance satellitaire...) découlait surtout des mauvaises expériences militaires en Irak et en Afghanistan. Après la mort de Ben Laden, …