Pologne : Les libertés en péril ?

n° 152 - Été 2016

Depuis quelques mois, la Pologne attire l'attention politique et médiatique de l'Europe. Une Europe qui s'inquiète des attaques contre l'État de droit, des limitations imposées à la liberté d'expression et de la paralysie imposée au tribunal constitutionnel par le gouvernement.
Alors que la crise migratoire bat son plein, on reproche souvent à Varsovie de manquer de solidarité à l'égard des réfugiés et des États membres qui font face à cette situation d'urgence. Pourtant, il y a cinq ans, suite au discours pro-européen du ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski en novembre 2011 à Berlin, qui affirmait que la Pologne était désormais un acteur d'une Europe fédérale, de nombreux médias du continent, mais aussi la chancelière Angela Merkel et son chef de la diplomatie Guido Westerwelle saluaient ensemble la rapide « européanisation » d'une Pologne considérée comme le « bon élève » de l'UE et une success story économique. Elle fut, en effet, le seul pays européen à ne pas être touché par la crise financière de 2008. Ces dernières années, on parlait peu de ce pays - ce qui est généralement signe de bonne santé politique et économique. Que se passe-t-il donc en Pologne ? Comment en est-on arrivé là ?

Le paysage politique polonais

En 2015, deux élections ont eu lieu en Pologne : une présidentielle en mai et des législatives en octobre. Les deux scrutins ont illustré la polarisation de la scène politique entre les deux principaux partis du pays : la Plateforme civique (au pouvoir de 2007 à 2015) et Droit et Justice (au pouvoir de 2005 à 2007). Tous deux créés en 2001, ils sont situés à la droite du paysage politique : Plateforme civique (PO) est plutôt un parti libéral-conservateur ; alors que Droit et justice (PiS) peut être défini comme un parti conservateur traditionaliste et nationaliste. Les deux élections de 2015 ont été gagnées par le PiS.
Depuis le début des années 1990, la Pologne est divisée en deux grands camps politiques. Dans un premier temps, les partis héritiers du régime communiste se sont opposés à ceux issus de « Solidarnosc » (le syndicat autonome dirigé dans les années 1980 par Lech Walesa). À première vue, cette rivalité semblait correspondre au traditionnel clivage gauche-droite. Mais, en réalité, dans les années 1990, la compétition entre les partis relevait moins d'une dimension socio-économique que d'une division « postcommunisme » vs. « anticommunisme » : les partis issus de Solidarnosc se définissaient avant tout par leur opposition au communisme, enfermant leurs adversaires dans une position d'héritiers du régime précédent.
Cette division commence à s'effacer lors des élections législatives de 2005 et de 2007. Une nouvelle configuration émerge à cette époque : le PiS et la PO dominent désormais la scène politique. On l'a dit, le premier parti est conservateur et traditionaliste tandis que le second est d'obédience libérale. Les questions économiques jouent un rôle relativement important dans la mise en place de cette dichotomie. Le PiS, aux affaires de 2005 à 2007, dénonce vigoureusement les réformes libérales, …