Pourquoi Trump va perdre (en principe)

n° 152 - Été 2016

« J'ai le sentiment que Trump va gagner - il va battre Hillary Clinton très nettement, ça pourrait même être un raz-de-marée électoral », prédisait Rush Limbaugh il y a quelques semaines. La position de l'animateur star de la radio américaine, acquis à la cause conservatrice depuis des années, est bien éloignée de la plupart des pronostics : en mai 2016, les bookmakers étaient, en effet, 68 % à estimer que Hillary Clinton serait la prochaine présidente des États-Unis (1).
Les parieurs ont néanmoins connu une année très difficile, Donald Trump et Bernie Sanders ayant, chacun de leur côté, rendu les primaires largement imprévisibles. Nate Silver, le statisticien politique de référence, a écrit noir sur blanc en 2015 : « Donald Trump ne sera pas le candidat républicain. » Comme tant d'autres ! À la vérité, qui pouvait prévoir que les idées du magnat de l'immobilier, 70 ans, allaient être validées par les électeurs du Parti républicain ? Pendant les primaires, Trump a pris des engagements très lourds, tels que l'interdiction d'entrée sur le territoire américain aux musulmans et la construction d'un mur à la frontière américano-mexicaine. Ces idées farfelues, vraisemblablement énoncées dans le seul but de gagner les primaires, montrent que 2016 échappe pour le moment à toute rationalité.
Mais une élection étant in fine affaire de mathématiques, c'est pourtant bien à un effort d'objectivité et de réalisme qu'il faut s'astreindre. Force est de constater, n'en déplaise à Limbaugh et aux électeurs républicains qui ont voulu l'investiture de Donald Trump, que le contexte ne leur est guère favorable. Cela ne veut pas dire que Trump n'a aucune chance de gagner, ni que Hillary Clinton ne sera pas rattrapée par le scandale des e-mails qui la menace depuis plusieurs mois (2). Mais du point de vue des chiffres qui conditionnent l'élection générale de novembre, et avant même que le moindre vote ne soit comptabilisé, les républicains accusent un net retard par rapport aux démocrates dans la course à la présidence.
Il ne faut jamais oublier que l'élection américaine se joue dans cinquante circonscriptions. L'élection de Trump n'est pas impossible, mais elle bute sur deux obstacles de taille qui devraient logiquement assurer la victoire de Hillary Clinton : le principe du collège électoral et la dynamique démographique.

Le traitement de l'élection américaine par les médias français

Si jamais, au cours des semaines à venir, vous entendez parler des sondages nationaux aux États-Unis sur une chaîne française, zappez ! Et mettez-vous sérieusement à lire le New York Times - ou, si vous avez délaissé le papier, Politico et Five Thirty Eight.
En France, l'élection présidentielle obéit à des règles très simples : une seule circonscription et 50 % des voix plus une requises. Aux États-Unis, les choses sont un peu plus compliquées, ce qui explique la méconnaissance d'une grande partie des journalistes français. Une phrase comme « Les sondages donnent une avance de deux points au candidat républicain sur le candidat démocrate... », peut très bien présager de l'issue de l'élection - …