Qui dirige le Liban ?

n° 152 - Été 2016

À la fin du mois de mars 2011, le Liban retient son souffle. Dans la Syrie voisine, la fronde contre le régime de Bachar al-Assad s'amplifie. La répression aussi. Le pays du Cèdre, qui entretient avec son voisin des relations historiques et dont les forces politiques sont pour partie pro-Assad et pour partie anti-Assad, redoute d'être happé par la spirale syrienne. Cinq ans plus tard, Beyrouth vit toujours au rythme de la guerre qui se déroule de l'autre côté de la frontière. Sur la scène politique, où le clivage demeure vis-à-vis de Damas, le rapport des forces joue en faveur du Hezbollah, puissamment engagé aux côtés du pouvoir syrien. Même s'il n'est pas épargné, loin de là, par la violence liée au conflit syrien, et s'il peine à absorber les très nombreux réfugiés que cette guerre a précipités sur son territoire, le pays a jusqu'ici échappé à une déstabilisation majeure. Il n'empêche : le Liban apparaît comme un navire à la dérive.
Les institutions semblent au bord de l'effondrement. Les blocages s'accumulent : pas de président depuis plus de deux ans, un Parlement qui se réunit a minima, un gouvernement incapable de décider... En jouant le jeu de l'attentisme face à la crise syrienne - dont l'issue est susceptible de les renforcer ou de les affaiblir -, les leaders communautaires menacent d'amener le pays à un point de rupture.

La faillite des institutions

L'interminable vide présidentiel
La Constitution libanaise prévoit que le président est élu par le Parlement. Mais depuis la fin du mandat de Michel Sleimane, en mai 2014, les sessions parlementaires dédiées à l'élection de son successeur sont ajournées les unes après les autres. Le triste record des années de guerre, quand le poste est resté vacant pendant deux ans (de 1988 à 1990), a été battu. Les candidatures à la fonction qui reste, symboliquement, la plus haute charge de l'État, dévolue par tradition à un responsable chrétien maronite, ne manquent pourtant pas : les plus sérieuses, au premier semestre 2016, sont celles de l'ancien chef de l'armée Michel Aoun, allié du Hezbollah, et du chef féodal Sleimane Frangié, proche ami de Bachar al-Assad et néanmoins postulant adoubé par Saad Hariri, opposant au régime syrien. En outre, les noms de deux candidats non déclarés circulent régulièrement : ceux de Riad Salamé, président de la Banque centrale, et de Jean Kahwagi, commandant en chef de l'armée. Mais ce n'est pas la pléthore d'aspirants à ce poste - qui a perdu bon nombre de ses prérogatives mais conserve une autorité au moins morale - qui explique l'incapacité des députés à désigner un président. Dans les faits, les séances parlementaires (1) sont boycottées par le Hezbollah, peu pressé de mettre fin au vide présidentiel ; par ses alliés chrétiens, obstinés à emporter l'élection de Michel Aoun ; ainsi que par plusieurs autres petits partis pro-syriens. Le nombre de députés frondeurs est suffisant pour repousser l'échéance. Car pour que la séance dévolue à l'élection du président de la République soit déclarée ouverte, …