États-Unis : le pays des paradoxes

n° 153 - Automne 2016

Peu après sa prise de fonctions, Harry Truman confia aux journalistes : « J'ai eu l'impression que la lune, les étoiles et les autres planètes m'étaient tombées sur la tête. » Certes, le nouveau président avait bien des raisons de se sentir dépassé par les événements en ce 12 avril 1945, quelques heures après la mort de Franklin Roosevelt qui lui avait laissé en héritage un pays aux commandes de la Seconde Guerre mondiale. Mais, au soir de son élection, chaque président américain, quelle que soit la situation du pays, est certainement saisi de vertige devant l'ampleur de sa tâche.
En ce mois de novembre les États-Unis viennent de choisir POTUS 45. POTUS sont les initiales de President Of The United States - le nom de code que les services secrets attribuent au chef de l'État et qui, par extension, est devenu son surnom. L'avènement de POTUS 44, Barack Obama, avait été accueilli dans l'allégresse d'un moment historique. Avec l'élection du premier président noir, une grande partie des Américains avaient le sentiment d'avoir tourné une page douloureuse de leur passé. Huit ans plus tard, cette allégresse est retombée comme un soufflé et l'humeur est au désenchantement.
Lorsque les conventions ont désigné les candidats des deux grands partis, six Américains sur dix étaient mécontents du duel qui leur était proposé. Ted Cruz a fait scandale à la convention républicaine en refusant publiquement de soutenir la candidature de Donald Trump. Quant à la convention démocrate, elle s'est ouverte sous les huées des partisans de Bernie Sanders. On a même vu des délégués exprimer bruyamment leurs frustrations et menacer ouvertement de voter pour un parti tiers.
La présidence possède aux États-Unis une composante symbolique qu'elle n'a pas en France. La Maison-Blanche est omniprésente dans la vie des Américains. Le chef de l'État et la « first family » apparaissent sans arrêt sur les écrans de télévision, donnant leur avis sur tout et n'importe quoi, de la politique internationale à la nécessité de manger des légumes frais ! Mais, même si sa légitimité n'est pas contestée, le chef de l'État n'est pas de facto en position d'imposer son programme.
Theodore Roosevelt a résumé la fonction de président par le terme « bully pulpit », le pupitre d'où l'on intimide le pays. Autrement dit, son influence est en grande partie psychologique. La Constitution confère au président des prérogatives étroitement contrôlées par les deux autres branches du pouvoir : le Congrès et la Cour suprême. Cette dernière a constitué l'un des grands thèmes de la campagne 2016 : l'un des 9 juges, mort en février, n'a toujours pas été remplacé et trois autres ont atteint un âge qui, au mieux, les pousse vers la retraite. Or tout changement d'équilibre dans la composition de la Cour ne manquera pas d'avoir des répercussions sur son orientation. Si l'on avait le moindre doute sur son rôle politique, l'une de ses membres, Ruth Bader Ginsburg, s'est empressée de le dissiper en déclarant au mois de juillet à la presse qu'elle …

Sommaire

L'ennemi numéro un du Kremlin

Entretien avec Alexeï Navalny par Natalia Rutkevich

Quels scénarios pour la Russie ?

par Arnaud Dubien

Monténégro : cap sur l'Otan

Entretien avec Milo Djukanovic par Isabelle Lasserre

Vers un Brexit « dur »

par Eric Albert

Le désarroi européen

Entretien avec Luuk van Middelaar par Baudouin Bollaert

Albion et la « Belle au bois dormant »

Entretien avec Jean-Louis Bourlanges par Baudouin Bollaert

L'Espagne dans la tourmente

Entretien avec Felipe Gonzalez par Mathieu de Taillac

Allemagne : pour une démocratie pugnace

Entretien avec Thomas de Maizière par Jean-Paul Picaper

L'ombre de la Stasi

Entretien avec Roland Jahn par Jean-Paul Picaper

Au coeur de la DGSE

Entretien avec Bernard Bajolet par Thomas Hofnung

Renseignement : la touche britannique

Entretien avec Richard Dearlove par Brigitte Adès

La fin du secret international ?

par Sébastien-Yves Laurent

Diabolique NSA ?

par Claude Delesse

États-Unis : le pays des paradoxes

par Anne Toulouse

Turquie : un coup d'État providentiel

par Marc Semo

Le testament d'un géant

Entretien avec Shimon Peres par Aude Marcovitch

Thaïlande : une transition si compliquée...

Entretien avec Abhisit Vejjajiva par Arnaud Dubus

La nouvelle route de la soie

par Christian Dargnat

Quand la chine se réformera...

Entretien avec Jean-Luc Domenach par Mathieu Bouquet

Kim Jong-un ou la stratégie d'Érostrate

par Pascal Dayez-Burgeon

Les grands et l'espace

Entretien avec Isabelle Sourbès-Verger par Philippe Grangereau

La présidence Trump commence

par Guy Millière