La présidence Trump commence

n° 153 - Automne 2016

Nous inaugurons, avec cet article une série de points de vue et de libres propos très contrastés, favorables et défavorables à la nouvelle administration américaine. Voici une contribution de Guy Millière.

 

La présidence Trump commence

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis a été une désagréable surprise pour la plupart des commentateurs et a aussitôt suscité chez nombre d’entre eux la consternation. Tout au long de dix-huit mois de campagne électorale, Donald Trump a été décrit de tous côtés comme un « populiste » irresponsable et inexpérimenté. Ses propos ont été cités aux fins de démontrer qu’il était un démagogue et un provocateur. Son succès a été attribué au désarroi d’une population blanche en voie de paupérisation, confrontée à une évolution du monde qu’elle serait inapte à comprendre et qu’un bateleur d’estrade un peu vulgaire aurait réussi à séduire à coups de formules simplistes. Aucune analyse sérieuse et approfondie n’a été tentée de son programme, jugé incohérent, imprégné d’un protectionnisme à même de détraquer l’économie mondiale et d’un isolationnisme qui équivaudrait au repli sur elle-même d’une Amérique devenue indifférente au monde. Certains ont même présenté Trump comme un homme ayant des « liens troubles » avec Vladimir Poutine, et les rumeurs propagées pendant les semaines qui ont précédé la cérémonie d’investiture du 20 janvier n’ont rien arrangé.
Il est indispensable dans ce contexte d’écarter tout jugement hâtif, et de poser un regard froid et lucide tout à la fois sur ce qu’incarne Trump, sur ce que signifie son élection et sur ce que sera vraisemblablement l’action de Trump président. Candidat de rupture
Concernant le premier point, le mot « populisme » n’est pas inexact en ce sens que Donald Trump n’a cessé de s’adresser aux gens du peuple, en passant au-dessus des appareils politiques institués et des médias établis. Les connotations négatives qui conduisent à associer au « populisme » un côté sombre ne sont, pour autant, pas vraiment de mise : Trump a répondu à une situation de crise, une large part de l’électorat américain ne faisant confiance ni aux démocrates ni aux républicains. Il a tenu le langage que cet électorat attendait. En déduire qu’il a été et sera irresponsable est très hâtif. Le décrire comme inexpérimenté est erroné : diriger une entreprise multinationale comptant des milliers d’employés, et cela pendant quatre décennies, constitue une expérience du monde réel que la plupart des politiciens n’ont pas. Un démagogue est un homme qui flatte ceux qui l’écoutent aux fins d’en tirer avantage et qui ne tient pas ses promesses : pour l’heure, Trump semble être un homme qui a dit ce qu’il fera et qui fera ce qu’il a dit. Le décrire comme provocateur est pertinent. Trump a voulu être un candidat de rupture. Il l’a été en rompant avec toutes les règles du politiquement correct et la plupart de celles de la bienséance politique. Il a aussi montré, en de multiples circonstances, qu’il pouvait adopter un ton très différent selon qu’il participait à une réunion publique ou à une rencontre avec des dirigeants internationaux. Espoir
Par ailleurs, Trump n’a pas été élu sur une base de désarroi, mais sur une base d’espoir de redressement, ce qui …

Sommaire

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Quels scénarios pour la Russie ?

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Monténégro : cap sur l'Otan

Entretien avec Milo Djukanovic par Isabelle Lasserre

Vers un Brexit « dur »

par Eric Albert

Le désarroi européen

Entretien avec Luuk van Middelaar par Baudouin Bollaert

Albion et la « Belle au bois dormant »

Entretien avec Jean-Louis Bourlanges par Baudouin Bollaert

L'Espagne dans la tourmente

Entretien avec Felipe Gonzalez par Mathieu de Taillac

Allemagne : pour une démocratie pugnace

Entretien avec Thomas de Maizière par Jean-Paul Picaper

L'ombre de la Stasi

Entretien avec Roland Jahn par Jean-Paul Picaper

Au coeur de la DGSE

Entretien avec Bernard Bajolet par Thomas Hofnung

Renseignement : la touche britannique

Entretien avec Richard Dearlove par Brigitte Adès

La fin du secret international ?

par Sébastien-Yves Laurent

Diabolique NSA ?

par Claude Delesse

États-Unis : le pays des paradoxes

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Turquie : un coup d'État providentiel

par Marc Semo

Le testament d'un géant

Entretien avec Shimon Peres par Aude Marcovitch

Thaïlande : une transition si compliquée...

Entretien avec Abhisit Vejjajiva par Arnaud Dubus

La nouvelle route de la soie

par Christian Dargnat

Quand la chine se réformera...

Entretien avec Jean-Luc Domenach par Mathieu Bouquet

Kim Jong-un ou la stratégie d'Érostrate

par Pascal Dayez-Burgeon

Les grands et l'espace

Entretien avec Isabelle Sourbès-Verger par Philippe Grangereau

La présidence Trump commence

par Guy Millière