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Quels scénarios pour la Russie ?

À la veille du 25e anniversaire de l'effondrement de l'Union soviétique, la Russie se trouve de nouveau à un tournant. Elle va devoir effectuer, dans les mois à venir, des choix en matière économique et politique qui détermineront la trajectoire qu'elle empruntera lors du probable quatrième mandat de Vladimir Poutine (qui devrait démarrer en 2018 pour une période de six ans). En d'autres termes, ce qui se joue en ce moment à Moscou est ni plus ni moins que le visage et la place de la Russie à l'horizon 2025. La lame de fond conservatrice à l'oeuvre depuis l'hiver 2012 va-t-elle retomber ou au contraire se poursuivre ? Quel est le profil de la nouvelle génération de dirigeants que le président russe a promus à la place de ses compagnons du KGB ? Les rapports de forces au sein des élites russes peuvent-ils évoluer à moyen terme ? Alors que plane le spectre de la stagnation économique, doit-on s'attendre à des réformes structurelles ? Le cycle de confrontation avec l'Occident, ouvert avec la crise ukrainienne début 2014, est-il susceptible de se clore ou a-t-il vocation à durer jusqu'à la fin de la présidence Poutine ?


Comment Vladimir Poutine rebat les cartes


S'il est entré au Kremlin le 31 décembre 1999, Vladimir Poutine n'a véritablement pris le pouvoir en Russie qu'au printemps 2004. Tout au long de son premier mandat, il a en effet dû composer avec les élites eltsiniennes - à savoir la « famille », les barons régionaux et les oligarques de la première vague. Le déclenchement de l'affaire Ioukos, à l'été 2003, est le signe avant-coureur d'un glissement du centre de gravité de la politique russe. Les élections législatives qui se tiennent à la fin de la même année confirment ce processus et permettent à Vladimir Poutine d'exercer une mainmise totale sur le pays alors qu'elle n'était que partielle. Dès lors, le locataire du Kremlin va s'employer à mettre en place sa « verticale du pouvoir ». Entre 2004 et 2008, il nomme des dizaines d'hommes de confiance aux postes clés de l'appareil d'État et de l'économie. Le président russe fait appel à des amis qu'il a fréquentés au cours de trois périodes distinctes de sa carrière professionnelle : KGB de Léningrad (1975-1984), Allemagne de l'Est (1985-1990) et mairie de Saint-Pétersbourg (1991-1996).
Ce à quoi l'on assiste actuellement est l'éviction d'une partie des « amis de trente ans » de Vladimir Poutine au profit d'une nouvelle génération de responsables qui accompagneront le président russe jusqu'en 2024 et gouverneront, en principe, le pays après lui. Ce processus a débuté à l'été 2015 ; il va se poursuivre jusqu'au printemps 2018, date prévue des prochaines élections présidentielles. Trois épisodes survenus récemment illustrent les mouvements tectoniques en cours à Moscou.
La mise à l'écart de trois « éléphants »
En août 2015, Vladimir Iakounine, patron des chemins de fer russes (RZD), était poussé vers la sortie. Né en 1948, ancien agent du renseignement extérieur soviétique en poste à l'ONU à la …