Que veut vraiment le FPÖ ?

n° 154 - Hiver 2016

Candidat du Parti de la liberté d'Autriche (« Freiheitliche Partei Österreichs », FPÖ), Norbert Hofer, 45 ans, a failli remporter l'élection présidentielle autrichienne. À la surprise générale, il a été battu le 4 décembre dernier par son concurrent, l'écologiste Alexander Van der Bellen, 72 ans, après une campagne virulente durant laquelle il fut dépeint, par son adversaire et par la plupart des médias, comme le « représentant de l'extrême droite ». En fait, les Autrichiens avaient déjà été invités à choisir entre les deux hommes le 22 mai dernier, lors du second tour de la présidentielle. Ce jour-là, le scrutin s'était soldé par une très étroite victoire de M. Van der Bellen. Mais ses résultats furent invalidés le 1er juillet par la Cour constitutionnelle du fait des nombreuses irrégularités constatées lors du dépouillement du vote par correspondance. D'où le « re-vote », organisé le 4 décembre dernier (1).
Ingénieur aéronautique, passionné d'économie et d'écologie, marié à une aide-soignante, M. Hofer, originaire du Burgenland, le Land le plus oriental d'Autriche, est père de quatre enfants. Un accident de parapente survenu il y a treize ans l'avait laissé paraplégique mais il a réussi à remarcher, avec une canne, au prix d'immenses efforts. Grâce à sa sérénité et à sa courtoisie, il est devenu le « visage sympathique » du FPÖ dont il est depuis 2013 le porte-parole. Il apparaît plus modéré que le président du parti, Heinz-Christian Strache - qui vise, lui, la chancellerie. Déjà membre de la présidence à trois têtes du Conseil fédéral (le Parlement autrichien) (2), M. Hofer jouera sans aucun doute un rôle clé lors des prochaines législatives qui doivent avoir lieu en 2018 mais pourraient être avancées à 2017.
Après avoir adhéré au FPÖ de sa région, le Burgenland, en 1994, il était rapidement devenu vice-président fédéral du parti. Ses modèles sont Margaret Thatcher et Charles de Gaulle auquel il a emprunté sa vision d'une « Europe des patries ». Il a réintroduit dans le programme du parti, dont il a dirigé la rédaction en 2011, « l'appartenance de l'Autriche à la communauté culturelle allemande », mais cette notion est considérée comme non conforme à la Constitution autrichienne et contraire à la décision gouvernementale de 1995 de créer une identité culturelle autrichienne. Aussi le FPÖ l'a-t-il réduite à la communauté linguistique allemande. Du reste, dans sa campagne électorale, Hofer a suggéré que l'Autriche adhère au « Groupe de Visegrad » qui rassemble quatre pays d'Europe centrale, membres de l'Union européenne : la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. Cet ensemble supranational ne se considère pas comme concurrent de l'UE. Il a, bien au contraire, aidé ses membres à adhérer consécutivement à l'Otan et à l'UE. Il a pour objectif la consolidation mutuelle et un soutien réciproque dans les négociations internationales. On retrouve, dans le discours de M. Hofer, quelques-uns des thèmes habituels au sein de sa famille de pensée : il souhaite instaurer un contrôle très strict de l'immigration ; il appelle à doter l'Europe de frontières extérieures bien mieux protégées qu'aujourd'hui ; il érige la sécurité en priorité et propose, en particulier, que les policiers soient autorisés à porter leurs armes hors de leurs heures de service, ce qui n'est pas le cas actuellement.
Au niveau international, il cherche à faire du FPÖ un acteur diplomatique de poids (ou, tout au moins, à sortir son parti de l'isolement, d'où l'accord de coopération que lui-même et Heinz-Christian Strache ont conclu le 18 décembre dernier avec Russie unie, la formation de Vladimir Poutine) et même, dans toute la mesure du possible, un « médiateur entre les puissances » dans la grande tradition autrichienne...
J.-P. P.


Jean-Paul Picaper — Monsieur Hofer, on a l'impression que vous perdez du terrain : vous qui aviez recueilli 49,7% des suffrages au second tour de la présidentielle le 22 mai 2016 n'en avez obtenu que 46,2 % lors du renouvellement de ce scrutin le 4 décembre dernier. Comment expliquez-vous cet échec?

Norbert Hofer - Permettez-moi de vous contredire : la tendance n'est pas à la baisse, bien au contraire même !
J.-P. P. - Pourtant, l'écart avec votre concurrent s'est élargi...
N. H. - L'important, c'est que le candidat libéral que je suis a réussi à rassembler lors de ces deux scrutins près de la moitié des suffrages exprimés. C'est, à mes yeux, un score superbe. Cela dit, il me faut admettre que mes résultats ont été moins bons dans les grosses agglomérations que dans les territoires ruraux. Les analyses ont montré que là, en milieu rural, les classes moyennes m'ont exprimé leur confiance à bien plus de 50 % !
J.-P. P. - Des membres de nombreux gouvernements européens et de la Commission de Bruxelles, de même que des députés du Parlement européen, ont salué votre défaite. L'Europe est soulagée d'être délivrée, une fois de plus, du danger que représente votre parti, le FPÖ. Est-ce que cela vous dérange ?
N. H. - Qu'ils soient tous soulagés montre que je suis sur la bonne voie. Car ce n'est pas moi ni le FPÖ qui sommes un danger pour l'Europe. Ce sont ces eurocrates déconnectés des citoyens qui n'ont aucun désir de chercher en eux-mêmes les raisons du scepticisme qu'ils inspirent !
J.-P. P. - J'ai entendu la télévision française qualifier Alexander Van der Bellen de « candidat plus satisfaisant sur le plan moral ». Vous ne seriez donc pas aussi « moral » que lui ?
N. H. - C'est une question de définition.
J.-P. P. - Pendant la campagne électorale, vos adversaires vous ont comparé à Hitler. Qu'en pensez-vous ? Hitler était autrichien...
N. H. - Me comparer, moi ou d'autres politiciens libéraux, à Adolf Hitler revient à banaliser la réalité politique de cette époque et à bafouer les victimes du nazisme. Nul n'est obligé de partager mon avis, mais je crois qu'il faudrait manier le terme « nazi » avec beaucoup de prudence. Les nazis ont apporté d'énormes malheurs à l'Europe.
J.-P. P. - Mais votre parti, le FPÖ, a été fondé en 1956 par d'anciens nazis...
N. H. - On sait généralement, en Autriche, qu'une bonne partie des anciens nationaux-socialistes ont trouvé refuge, après la guerre, dans les rangs du Parti socialiste autrichien (SPÖ). Certains ministres socialistes, comme Johann Öllinger, n'avaient pas seulement appartenu au parti d'Hitler, le NSDAP, mais avaient aussi été membres des sections d'assaut nazies, les SA. Cela dit, je ne connais pas, aujourd'hui, de nostalgiques du nazisme dans notre FPÖ - et, d'ailleurs, nous ne voudrions pas d'eux dans nos rangs.
J.-P. P. - Une célèbre photo vous a montré faisant le baisemain à Marine Le Pen. Appartenez-vous avec elle à une …