Quel avenir pour les frontières?

n° 154 - Hiver 2016

« Les gens veulent voir des frontières », déclarait Donald Trump en visite en Écosse au lendemain du référendum britannique sur la sortie de l'Union européenne (1). Selon Manuel Valls, la victoire du milliardaire à l'élection présidentielle américaine révélerait le « besoin de frontières » qui se fait jour dans le monde contemporain (2), contredisant ainsi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui, quelques mois plus tôt, expliquait que ces mêmes frontières étaient « la pire invention que les responsables politiques aient jamais faite » (sic) (3)...
La victoire de M. Trump a d'ailleurs été proclamée un jour on ne peut plus symbolique : le 9 novembre, soit vingt-sept ans exactement après la chute du mur de Berlin. Serions-nous ainsi passés d'un monde à l'autre, de celui de l'ouverture des frontières à celui de leur fermeture ? Les choses sont, en réalité, un peu plus complexes.
Calais, l'Écosse, Schengen et le Mexique, mais aussi la Crimée, le Caucase, la Palestine, la ligne Sykes-Picot, la mer de Chine du Sud : les frontières font désormais quotidiennement la une de l'actualité. De la Syrie à l'Irak, de la Russie à l'Ukraine, de la Grèce à la Turquie, de la Hongrie à l'Autriche, elles sont de retour sur l'agenda international. Signe des temps : la frontière fait même l'objet d'une série télévisée suédoise (Bron, 2011), adaptée en France (Le Tunnel), aux États-Unis et en Inde.
Ce qui se joue aujourd'hui, c'est un affrontement entre deux types de forces : d'un côté, celles qui poussent dans le sens de l'ouverture (commerce, migrations...) ou qui contestent les frontières existantes (Russie, Chine, État islamique...) ; de l'autre, celles qui oeuvrent en faveur de leur stabilisation juridique et de leur consolidation physique (4). Parler de l'état des frontières, c'est aussi parler de « l'état de l'État », tant la frontière internationale est, en effet, associée à l'État moderne et tant elle détermine la géopolitique actuelle.


Depuis la fin de la guerre froide : cinq changements

Commençons par ce qui s'est passé depuis trente ans : une prolifération et une stabilisation des frontières, couplées à un vaste mouvement d'ouverture et de dépassement.
Les frontières ont proliféré
Sur terre, l'achèvement de la décolonisation et la fin de la guerre froide ont eu pour conséquence la création de plusieurs dizaines de nouveaux pays indépendants, et donc d'autant de frontières internationales. En 1987, les Nations unies comptaient 159 États membres. En 2017, ils étaient 193, auxquels s'ajoutent quatre entités non membres ou non étatiques, soit un total de 197. C'est près de quatre fois le nombre de pays signataires de la charte de San Francisco en 1945.
Paul Valéry annonçait en 1945 : « Le temps du monde fini commence. » C'était un peu tôt... mais, à présent, nous y sommes. La surface terrestre est presque entièrement couverte de territoires souverains, avec environ 320 frontières. Seul l'Antarctique n'est que provisoirement divisé en zones de présence et de revendications qui ne font pas partie des territoires nationaux.
En mer, en …