Iran : les défis du prochain président

n° 155 - Printemps 2017

Quelle que soit l'issue du scrutin présidentiel iranien de ce printemps 2017 - reconduction pour un second mandat du « conservateur modéré » Hassan Rohani (1) ou élection, plus inattendue, d'un candidat « conservateur », voire « ultra-conservateur » -, les enjeux sont connus depuis des mois (2). En politique intérieure, le nouvel élu devra gérer les tensions sociales liées à une reprise économique qui tarde à se concrétiser ; affronter une crise environnementale devenue très problématique dans certaines régions ; prendre position, avec une marge de manoeuvre très limitée, sur les sujets sensibles que sont les questions sécuritaires et judiciaires, ainsi que la corruption. En politique extérieure, alors que le président n'est qu'un acteur parmi d'autres dans un organigramme décisionnel complexe, il devra ajuster la politique iranienne au nouveau contexte créé par l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche ; et assumer, mais en deuxième ligne, les engagements massifs de l'Iran en Irak et en Syrie. Bien évidemment, comme dans toute élection nationale, la personnalité du président sorti des urnes pèsera sur l'atmosphère générale et donc sur la manière dont la population accueillera ses choix politiques.

Des enjeux clairement hiérarchisés pour le nouveau président

Le socle sur lequel repose la vie politique depuis 2013 est celui des négociations liées au nucléaire. Elles ont commencé par des discussions secrètes entre Iraniens et Américains, qui se sont tenues au sultanat d'Oman à partir de la fin 2012. La précision chronologique n'est pas anodine. Elle montre que, si les pourparlers officiels ont bien été conduits sous la présidence de M. Rohani (élu le 14 juin 2013 et entré en fonctions le 4 août) (3), la décision stratégique de les engager a été prise, elle, par le Conseil suprême de sécurité nationale, donc par le Guide suprême Ali Khamenei dès 2012. Le président Mahmoud Ahmadinejad, qui avait poussé les feux du programme d'enrichissement d'uranium, n'avait pas pu s'y opposer.
Hassan Rohani appartient depuis les années 1990 à la faction des « reconstructeurs », qui sont à la fois des « légitimistes », attachés aux principes et aux modes de fonctionnement du régime, et des « réalistes », tenants d'une certaine libéralisation économique et d'une ouverture internationale. C'est un homme du sérail, qui a été de 1989 à 2005 secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale, proche du Guide et du Bureau du Guide (la vaste administration qui l'entoure). C'est à ces titres qu'il a été adoubé en 2013 par Ali Khamenei pour mener à bien les négociations, réintégrer l'Iran dans la communauté internationale et relancer une économie handicapée par les sanctions.
L'accord sur le nucléaire a été signé à Vienne le 14 juillet 2015, pour une durée de dix ans. Placé sous le contrôle étroit de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), il permet une levée progressive et conditionnelle des sanctions onusiennes et européennes contre l'Iran. En revanche, il ne concerne pas les sanctions américaines. La majorité des Iraniens savent gré au président Rohani (et peut-être plus largement au régime) de cet …