La propagande du Kremlin à l'épreuve des faits

n° 155 - Printemps 2017

La propagande du Kremlin comprend moult poncifs qu'il est aisé de réfuter - à condition d'abandonner le prisme romantique à travers lequel de nombreux Français perçoivent la Russie. Ces illusions, même quand elles se nourrissent de thèmes apparemment inoffensifs comme celui de la « sainte Russie », peuvent se révéler lourdes de conséquences. Car dans le discours du Kremlin un mensonge en amène un autre, si bien que l'admiration pour la « spiritualité » russe peut déboucher sur la volonté de détruire l'Union européenne et d'entrer dans un « partenariat stratégique » avec Moscou. C'est donc tout l'édifice mensonger qu'il convient de démonter. Voici les principales affirmations diffusées par le régime de Vladimir Poutine et les arguments qui peuvent leur être opposés.

L'URSS s'est effondrée à cause d'un complot occidental

Rétablissons la vérité historique. Les Américains voulaient la fin de la guerre froide, mais non celle de l'URSS (1). Au contraire, le président Bush craignait que l'éclatement de l'URSS n'entraînât la prolifération nucléaire. Même la Pravda note en novembre 1989 : « Les hommes politiques occidentaux disent ouvertement que le développement de tendances séparatistes au sein de l'URSS, de même que la sortie de certains pays du Pacte de Varsovie, ne sont pas souhaitables. Cela ne peut manquer de refroidir l'ardeur de nos radicaux » (2). Le 1er août 1991, George Bush prononce, à Kiev, un discours resté célèbre dans lequel il met les Ukrainiens en garde contre un « nationalisme suicidaire » et leur explique qu'ils peuvent accéder à la liberté sans, pour autant, exiger l'indépendance. Son homologue français François Mitterrand se montre encore plus véhément. Le 30 octobre 1991, il déclare à Mikhaïl Gorbatchev : « La dislocation de l'URSS serait une catastrophe historique contraire à l'intérêt de la France » (3). Et d'ajouter : « Jamais, en aucune circonstance, la France n'encouragera la dislocation de l'URSS. À l'époque de Staline cette position n'était pas facile. Mais même à l'époque de Staline, la France et l'URSS étaient des alliées » (4).

L'Occident a humilié la Russie, il est responsable des dérives russes

C'est l'un des lieux communs de la propagande russe les plus ravageurs, activement encouragé par les plumitifs du Kremlin et leurs relais en France, un peu comme dans les années 1930 Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l'« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Les Occidentaux auraient humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l'Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La Russie ne demande qu'une chose : qu'on « la respecte » et qu'on « prenne en compte ses intérêts nationaux ». Alors, tout ira bien. Les propagandistes du Kremlin encouragent les Occidentaux à s'imaginer que l'évolution russe est déterminée par des facteurs externes, qu'elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l'extérieur. Or, lorsque l'on se penche sur les années 1990, on s'aperçoit que le glissement …