Confessions d'un hydro-diplomate

n° 162 - Hiver 2019

Sabine Renault-Sablonière - Peut-on résumer votre pensée en disant que, à l'échelle de la planète, il y a une abondance d'eau mais des pénuries locales croissantes ?

Kabiné Komara - En apparence, les ressources en eau sont suffisantes pour satisfaire tous les besoins mais, à y regarder de plus près, il existe une forte disparité entre la masse d'eau globalement disponible et le volume réellement comestible. Notre planète est couverte à près de 70 % par de l'eau, pour un volume estimé à 1 400 millions de milliards de m3 dont seuls 2,8 % sont propres à la consommation humaine, le reste étant de l'eau salée. Ces 2,8 % comprennent les glaciers, la neige et l'eau proprement dite (cours d'eau, réserves naturelles, artificielles et nappes souterraines) qui ne représente qu'un quart de l'eau douce, soit 0,7 % du total. La moitié de cette quantité est constituée d'eaux souterraines.

S. R.-S. - Le problème n'est donc pas tant la quantité que l'inégale répartition de cette ressource...

K. K. - Effectivement, il se trouve que ce volume d'eau est très inégalement réparti sur la planète. Certains pays en sont très largement dotés. Ces « puissances de l'eau » - la Russie, les États-Unis, la Chine, le Pérou, l'Inde, le Brésil, l'Indonésie, la Colombie et le Canada - cumulent jusqu'à 60 % des réserves d'eau douce présentes à la surface de la Terre.

D'autres sont insuffisamment ou pas du tout pourvus. Les régions les plus défavorisées sont la péninsule arabique, le Proche-Orient, l'Afrique du Nord, le Sahel et la zone désertique d'Afrique australe.

On observe des périodes de carences même là où les ressources sont habituellement abondantes. La mégalopole brésilienne, Sao Paulo, par exemple, a connu en 2015 une pénurie d'eau sans précédent qui faisait suite à la plus grande sécheresse enregistrée depuis 80 ans. Plus récemment, le nord de l'Inde, pourtant irrigué par les eaux de l'Himalaya, a connu un été 2018 très aride après de faibles pluies hivernales. Certains bassins d'eau connaissent des baisses significatives de leurs réserves - à l'instar du Gange, déjà fortement pollué (16,5 %). Dans mon pays, la Guinée, la région du Fouta-Djalon, considérée comme le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest, a enduré cette année une sécheresse terrible qui a partiellement décimé le bétail et tari de nombreux cours d'eau.

S. R.-S. - Quelles sont les régions du monde où la situation est la plus préoccupante ?

K. K. - On distingue trois niveaux de dépendance par rapport aux ressources en eau. Le premier niveau est celui de pénurie hydrique, c'est-à-dire lorsque les ressources sont inférieures à 1 000 m3 par habitant et par an. Le deuxième est celui de stress hydrique qui est caractérisé par des ressources comprises entre 1 000 et 1 500 m3 par habitant et par an. Le dernier est celui de la vulnérabilité hydrique, quand le niveau de la ressource est compris entre 1 500 et 2 500 m3 par habitant et par an.

D'après les Nations unies, les pays arabes …