Donald Trump va-t-il s'autodétruire ?

n° 162 - Hiver 2019

 

Donald Trump a fait savoir dès cette année qu'il serait candidat en 2020. L'annonce n'a surpris personne : avec un mandat de quatre ans renouvelable une seule fois, les présidents américains ont toujours la tentation de doubler la mise. À peine revenu de la surprise de sa première élection, il a immédiatement pensé à la seconde. Mais il y a pensé en termes trumpiens avec la certitude que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la potion magique allait continuer à faire son oeuvre. Il n'est d'ailleurs pas le seul. Beaucoup de ceux qui ne croyaient pas en sa victoire ont envisagé sa réélection comme une suite logique ou une fatalité. Les élections de mi-mandat ont alimenté ces spéculations. Il est vrai qu'elles ne se sont pas traduites par un désastre absolu comme cela avait été le cas, au même stade de son mandat, pour son prédécesseur Barack Obama, qui a pourtant été confortablement réélu deux ans plus tard. Mais, comme on le sait, l'histoire ne se répète pas et, à l'aube de deux années de cohabitation, le pire ennemi du président pourrait bien être Donald Trump lui-même.

Deux années de grâce

Donald Trump a mangé son pain blanc. Certes, les Démocrates n'ont pas remporté en 2018 autant de sièges que les Républicains en 2010, mais une majorité est une majorité et ils tiennent désormais l'un des leviers du pouvoir : la Chambre des représentants. Dans le système américain, où la branche législative a autant de poids que la branche exécutive, le chef de la majorité à la Chambre, le « Speaker », est le troisième personnage de l'État ; c'est lui, ou elle, qui succéderait au président et au vice-président s'ils venaient à disparaître simultanément. La Chambre a non seulement l'initiative des lois, mais elle contrôle aussi les puissantes commissions parlementaires qui peuvent enquêter sur tous les aspects de la présidence ; elle tient l'agenda législatif et, plus que tout, elle vote le budget. Elle peut donc tourmenter le président jusqu'à plus soif et, après huit années de frustration dominées par une majorité républicaine, elle va certainement s'en donner à coeur joie.

Pendant les deux années de grâce qu'il vient de vivre, le président a réussi à se chamailler avec sa propre majorité au point que le Speaker sortant de la Chambre, Paul Ryan, a préféré se réfugier dans sa circonscription du Wisconsin. Au Sénat, Donald Trump a trouvé le moyen d'entretenir une mauvaise querelle avec John McCain, alors que ce héros de la nation agonisait sur son lit de mort. Le sénateur de l'Arizona, qui était lui-même vindicatif, a sans doute goûté une dernière joie dans cette passe d'armes avec un président qu'il abominait, mais les Républicains en ont été ulcérés. On n'ose imaginer son comportement face à des adversaires qui considèrent l'opposition comme une croisade...

Donald Trump, qui ne supporte pas la contradiction, risque d'être contrarié tous les jours que Dieu fait. Certains présidents se sont très bien accommodés d'une telle cohabitation qui offre l'avantage de …