Le chaos vénézuélien

n° 164 - Été 2019

Chronique d'une confrontation

En avril 2013, Nicolás Maduro est élu à la présidence de la République avec une faible avance (moins de deux points) sur Henrique Capriles, représentant de la coalition d'opposition Table de l'unité démocratique (Mesa de la Unidad Democrática, MUD). Il succède ainsi à Hugo Chávez (1999-2013) (1) qui a succombé à un cancer le mois précédent. Deux ans et demi plus tard, le 6 décembre 2015, dans un pays déjà atteint par une profonde crise économique, les élections législatives octroient une majorité qualifiée des deux tiers à la MUD. Le gouvernement dépossède alors l'Assemblée nationale de ses prérogatives. L'exécutif adopte un décret d'« état d'exception et d'urgence économique » qui lui permet de légiférer en passant outre à l'Assemblée nationale ; ce décret sera par la suite renouvelé à plusieurs reprises. L'opposition réclame l'organisation, prévue par l'article 72 de la Constitution lorsque 20 % du corps électoral signe une pétition dans ce sens, d'un référendum révocatoire. Les institutions électorales, acquises à Nicolás Maduro, retardent plusieurs fois cette consultation, avant de l'annuler de fait en prétextant des conditions toujours plus draconiennes dans le recueil des signatures. Au cours des quatre mois de manifestations d'avril à juillet 2017 à l'appel de la MUD contre la « dictature », Nicolás Maduro convoque une nouvelle instance, l'Assemblée nationale constituante (ANC), élue fin juillet selon un mode de scrutin inéquitable, boycotté par l'opposition. Le gouvernement a annoncé que 8,1 millions de Vénézuéliens avaient participé au vote, soit 41,5 % du corps électoral. Ce chiffre a été contesté par l'entreprise chargée des opérations de vote électronique Smartmatic et doit être compris à l'aune de la polarisation du pays. L'opposition avait organisé deux semaines auparavant un référendum consultatif contre la convocation de l'ANC : elle a annoncé que 7,5 millions de Vénézuéliens s'étaient exprimés lors du scrutin, chiffre dont la validité est également douteuse. L'ANC, dont l'ensemble des membres sont acquis à Nicolás Maduro, fonctionne désormais comme une institution supra-constitutionnelle et s'arroge le pouvoir législatif. L'Assemblée nationale poursuit une existence purement symbolique.

Le 23 janvier dernier, Juan Guaidó, président de l'Assemblée nationale - qui, malgré la création de l'ANC, existe toujours et demeure contrôlée par l'opposition -, s'auto-proclame président de la République par intérim sur la base de l'article 233 de la Constitution. Celui-ci stipule pourtant qu'il faut, pour justifier un tel changement de dirigeant du pays, que le chef de l'État soit décédé, en incapacité physique ou mentale ou ait quitté le pouvoir - autant de conditions qui ne sont pas réunies. Nicolás Maduro reste le président effectif du Venezuela et l'auto-proclamation de M. Guaidó relève clairement d'une interprétation abusive de la Constitution. Mais, de son côté, M. Maduro contrevient également à la Constitution. Sa réélection à la présidence, en mai 2018 avec 67,8 % des suffrages exprimés a, en effet, été entachée de graves irrégularités (manipulation de la date du scrutin (2), invalidation de plusieurs candidatures majeures comme celles des opposants Henrique Capriles et Leopoldo López, vote sous la menace de suspension …