CHANGEMENT DE CAP À ATHÈNES

n° 166 - Hiver 2019

Alexia Kefalas - Vous êtes arrivé au pouvoir le 7 juillet 2019, après quatre ans et demi de gouvernement de gauche. Six mois après votre entrée en fonctions, quel est votre premier bilan ?
Kyriakos Mitsotakis - L'arrivée de la Nouvelle Démocratie au pouvoir a créé une dynamique positive. Le peuple grec soutient les réformes que nous mettons en oeuvre et manifeste une confiance croissante dans l'action de notre gouvernement. Bien que nous ne soyons qu'au début de notre mandat, nous sommes allés au-delà de nos promesses électorales ; je crois que cela est une très agréable surprise pour tous les Grecs, et pas seulement pour nos électeurs. Et c'est une grosse différence par rapport au gouvernement précédent !
Syriza avait misé sur un discours de division extrême - ingrédient classique de la recette populiste. Alexis Tsipras et ses associés ont passé la majeure partie de leur temps à se créer des ennemis pour les besoins de leur propagande, y compris les institutions créancières du pays comme le FMI, la BCE ou l'UE. Ils déversaient des tombereaux de boue sur leurs adversaires et multipliaient même des attaques personnelles tout à fait déplacées. Ma famille et moi avons été les premiers à en souffrir. Mais au-delà de ces méthodes, nos prédécesseurs se sont révélés tragiquement incapables d'apporter des solutions aux vrais problèmes du peuple grec. Rappelez-vous ses prétendues négociations avec la troïka, le référendum de 2015, suivi de sa volte-face spectaculaire : M. Tsipras s'est laissé convaincre qu'il pouvait promettre n'importe quoi et faire le contraire. Mais cette méthode ne mène nulle part. Ou, plutôt, elle mène à l'abaissement de la démocratie et à la perte de confiance des citoyens dans l'exécutif.

A. K. - Comment comptez-vous vous y prendre ?
K. M. - Nous n'avons pas promis des réformes impossibles à réaliser juste pour remporter les élections, comme l'avait fait Syriza. Mon gouvernement et moi-même mettons en oeuvre des mesures de bon sens visant à alléger la pression fiscale qui était devenue insupportable et à stimuler la croissance en augmentant la productivité. Syriza a pressuré la classe moyenne et les citoyens productifs qui étaient considérés comme des vaches à lait fiscales tout en leur retirant les protections dont ils bénéficiaient auparavant. Nous, au contraire, nous rétablissons, jour après jour, par des interventions vigoureuses et méthodiques, la confiance du citoyen dans l'État. Nous pansons les plaies laissées par l'exercice populiste du pouvoir. Peu importent les raisons qui ont poussé les gens à voter pour eux. La vérité est que les populistes se sont révélés incapables de gouverner. Et c'est pourquoi ils ont perdu.

A. K. - Parmi les nombreux dossiers que votre gouvernement a trouvés dans les tiroirs en arrivant, il y a bien sûr celui de l'immigration. Votre ministre adjoint chargé de la Protection du citoyen, Georges Koumoutsakos, s'est inquiété récemment du nombre d'arrivées en mer Égée - en hausse de 17 % depuis le mois d'avril. Craignez-vous une nouvelle crise migratoire ? Que suggérez-vous, concrètement, pour maîtriser ce …