CONCURRENCE: LA GARDIENNE DU TEMPLE

n° 166 - Hiver 2019

Rares sont les commissaires européens qui, en dehors de leur pays de naissance, parviennent à se faire un nom : la Danoise Margrethe Vestager en fait partie. Parée par l'hebdomadaire Le Point du titre de « Personnalité de l'année », surnommée « Tax Lady » par Donald Trump pour sa traque inlassable des infractions commises par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), celle qui a inspiré le personnage de Birgitte Nyborg dans la fameuse série télévisée Borgen, une femme au pouvoir, s'est vite imposée à Bruxelles où elle commence un deuxième mandat en tant que « vice-présidente exécutive » dans la nouvelle Commission dirigée par Ursula von der Leyen.
Âgée de 51 ans, mariée à un professeur de mathématiques, mère de trois enfants, cette fille de pasteurs luthériens diplômée en économie en impose d'emblée par sa haute taille, son autorité naturelle, sa disponibilité et l'infinie patience avec laquelle elle explique son action et justifie ses décisions parfois très contestées comme, il y a quelques mois, son refus de la fusion Siemens-Alstom.
Contrairement à l'héroïne de Borgen, Margrethe Vestager n'a jamais dirigé le gouvernement danois, mais elle a été plusieurs fois ministre - affaires religieuses, éducation, économie et intérieur - avant de rejoindre Bruxelles comme commissaire européenne chargée de la concurrence en 2014. Centriste pour les uns, libérale de gauche pour les autres, nourrie au lait du consensus à la scandinave, elle croit au dialogue, à la persévérance, bref à la vertu du compromis.
Elle croit aussi en elle et n'hésite pas à se mettre en avant quand elle le juge nécessaire. C'est ainsi qu'elle s'était portée candidate à la succession de Jean-Claude Juncker face à l'Allemand Manfred Weber (droite modérée) et au Néerlandais Frans Timmermans (social-démocrate). Les résultats de sa famille politique aux élections européennes ne lui ont pas permis d'obtenir le poste, mais sa brève campagne a conforté, s'il en était encore besoin, sa notoriété et son incontestable influence.
Bien qu'elle parle assez bien le français (elle passe ses vacances en famille sur l'île d'Oléron depuis plusieurs années), Mme Vestager préfère répondre aux interviews en anglais dans son vaste bureau du Berlaymont, à Bruxelles. C'est là qu'elle a reçu
Politique Internationale. Sans langue de bois. Ses propos sur le Brexit, la concurrence, les GAFA ou Emmanuel Macron le prouvent...
B. B.

Baudouin Bollaert - Il y a cinq ans, Jean-Claude Juncker avait présenté la Commission européenne dont il allait prendre la tête comme « la Commission de la dernière chance »... Comment définiriez-vous la nouvelle équipe dirigée par Ursula von der Leyen ?
Margrethe Vestager - Je dirais que c'est l'équipe d'un « nouveau départ ». Pourquoi ? Parce que le monde a beaucoup changé au cours de ces cinq dernières années et l'Europe aussi. Nous sommes conscients des nouveaux défis que la géopolitique nous invite à relever et que la présidente de la Commission a bien mis en relief dans ses premières déclarations...


B. B. - Est-ce notamment pour cette raison que vous soutenez, contrairement à …