ITALIE: LE RETOUR DE L'ENFANT TERRIBLE

n° 166 - Hiver 2019

À 43 ans, Matteo Renzi a repris l'initiative politique. Avec la passion qui le caractérise, ce Toscan, qui fut pendant cinq ans maire de Florence (2009-2014) et pendant près de trois ans chef du gouvernement, s'est dressé, en août 2019, contre Matteo Salvini pour empêcher le leader de la Ligue de provoquer des élections anticipées. Il a parfaitement réussi sa manoeuvre puisqu'il a permis au président du Conseil Giuseppe Conte de se succéder à lui-même en formant un second gouvernement, de gauche cette fois, avec le Parti démocrate (PD) et les Cinq Étoiles.
Le 17 septembre, Matteo Renzi a annoncé qu'il quittait le Parti démocrate dont il avait été le secrétaire pour former un nouveau parti, « Italia Viva ». Ce flamboyant leader ne supportait plus d'être devenu minoritaire au sein de sa formation et d'être critiqué à longueur de temps par ses propres camarades. Le moment choisi pour l'annonce a surpris. Matteo Renzi venait tout juste de participer à la formation du nouveau gouvernement. En emmenant avec lui quarante députés et douze sénateurs, il affaiblissait le PD dans son difficile face-à-face avec des Cinq Étoiles très opportunistes. Pour le sociologue de la communication Massimiliano Panarari, Matteo Renzi a fait là « un pari risqué, mais logique » dans une période extrêmement troublée qui risque de conduire rapidement à l'éclatement de la coalition au pouvoir : « L'avenir dira si son choix tactique a été clairvoyant. »
Matteo Renzi veut créer un nouveau courant libéral et réformiste en attirant à lui aussi bien ses anciens camarades du PD déçus par l'immobilisme de leur parti qu'une frange de l'électorat de Silvio Berlusconi, désemparée par le ralliement inconditionnel du vieux leader à la droite dure de Matteo Salvini et de la néo-fasciste Giorgia Meloni. À sa création, « Italia Viva » était déjà crédité de 6 % des intentions de vote, mais c'était avant que, ces dernières semaines, une enquête judiciaire ne jette la suspicion sur les conditions d'acquisition par Matteo Renzi d'une belle villa au nord de Florence en 2018...
Matteo Renzi, devenu sénateur en mars 2018, nous a donné rendez-vous à Florence dans les salons du grand hôtel Four Seasons. Égal à lui-même, il s'est montré vif, chaleureux, spirituel, offensif dans ses propos et très déterminé. Il ne cache pas les difficultés de son entreprise : il sera présent dans toutes les batailles, mais se donne le temps de construire son modèle. « Italia Viva » n'entend pas présenter de candidats avant les élections de 2023. Du moins si l'actuelle législature va jusqu'à son terme...
R. H.


Richard Heuzé - Vous avez dirigé le gouvernement italien pendant trente-quatre mois, de février 2014 jusqu'à ce jour de décembre 2016 où vous avez décidé de soumettre à référendum votre projet de réforme constitutionnelle - référendum que vous avez perdu. Regrettez-vous d'avoir dû quitter le pouvoir sur un échec ?
Matteo Renzi - Je le regrette chaque jour. Les membres de mon gouvernement et moi-même formions une belle équipe. Nous étions respectés dans …