Les Grands de ce monde s'expriment dans

LES TRAHISONS DE L'OCCIDENT


L'abandon des Kurdes par les États-Unis à l'automne 2019 - ces mêmes Kurdes qui avaient pourtant joué un rôle décisif dans la défaite de l'État islamique en Irak et en Syrie - a jeté une lumière crue sur le rôle de la trahison dans l'histoire des peuples et de la guerre.
La trahison trace la limite entre le bien et le mal : elle constitue la transgression par excellence sur le plan moral, comme le souligne tout le théâtre de Shakespeare. Elle est a priori étrangère à la démocratie, où l'État de droit est fondé sur la confiance entre les citoyens comme envers les institutions. Pourtant, elle reste indissociable de la condition humaine, des vicissitudes de la politique et des incertitudes propres aux conflits armés.
Judas, qui vendit Jésus aux Romains et le désigna à la soldatesque en l'embrassant, demeure la figure emblématique du traître. Dans l'ordre politique, deux personnalités lui font pendant dans l'Antiquité. Alcibiade, tout d'abord, qui trahit Athènes pour Sparte en 412, puis la Grèce pour le roi de Perse et son satrape, Tissapherne. Brutus, ensuite, fils adoptif de l'empereur, qui assassina César lors des ides de mars.
Au Moyen Âge, Ganelon, jaloux de Roland, le livra à Roncevaux aux Sarrasins du roi de Saragosse, Marsile. Jeanne d'Arc fut aussi bel et bien trahie : écartée par Charles VII, qui lui devait son sacre à Reims, elle fut capturée par les Bourguignons puis vendue aux Anglais pour 10 000 livres tournois avant d'être condamnée à être brûlée vive.
Au cours de la Renaissance, le connétable de Bourbon, chef des armées de François Ier, par dépit d'avoir vu séquestrer ses biens à la suite de la mort de sa femme, Suzanne de Bourbon, se mit en 1523 au service de l'empereur Charles Quint et devint le lieutenant général des armées impériales jusqu'à sa mort devant Rome, en 1527.
Autre féodal de haute lignée, le Grand Condé, frustré de se voir refuser un poste dans le gouvernement auprès de la régente et en butte à l'hostilité du cardinal Mazarin, passa au roi d'Espagne. Il reprit systématiquement les places fortes qu'il avait conquises pour Louis XIV et ne revint en grâce qu'en 1660, après la signature de la paix des Pyrénées en 1658.
Campant sur les ruines de l'Ancien Régime et des tentatives successives pour clore le cycle révolutionnaire, Charles Maurice de Talleyrand-Périgord fut un modèle du genre : tour à tour député des États généraux, président de l'Assemblée et ambassadeur pendant la Révolution, ministre sous le Directoire, le Consulat puis le Premier empire, président du gouvernement provisoire en 1814, ambassadeur au congrès de Vienne, ministre des Affaires étrangères, président du Conseil des ministres, il finit grand chambellan de France sous la Restauration.
Au XXe siècle, le maréchal Pétain, vainqueur de Verdun, appela à la signature de l'armistice le 22 juin 1940 alors même que la France disposait encore de ressources pour se battre. Est-il utile de rappeler qu'il créa l'État français, qui annihilait les institutions et les valeurs de …