LA LONGUE MARCHE DE LA BERD

n° 90 - Hiver 2001

Françoise Pons - Qu'est-ce qui vous a décidé à accepter le poste de président de la BERD ?
Jean Lemierre - Deux raisons essentielles. La première, c'est de contribuer à relever l'extraordinaire défi auquel sont confrontés les « pays de l'Est », c'est-à-dire les 26 pays d'opération de la BERD (1). La transition vers l'économie de marché est un enjeu considérable, pour ces États comme pour le reste du monde — et, en particulier, pour l'Union européenne. La deuxième raison tient à l'aspect extrêmement opérationnel de la Banque, dont l'action consiste à financer des projets concrets. Pour résumer, la BERD est une superbe mission de service public, dans le sens français du terme, menée selon des méthodes d'intervention de type privé. Ce n'est ni une administration ni une banque au sens strict, mais une institution hybride. Et c'est ce qui en fait une institution unique. Après 24 ans de carrière au ministère des Finances, en tant que directeur de la législation fiscale, directeur général des impôts et directeur du Trésor, je n'avais plus grand-chose à y prouver. La présidence de la BERD s'inscrit dans la continuité de mon parcours personnel : c'est une mission d'intérêt général exercée, cette fois, à l'échelle internationale.
F. P. - Mais cette même dualité de la BERD ne constitue-t-elle pas une contradiction majeure dans le principe de son fonctionnement ?
J. L. - Non, absolument pas. La BERD a été créée pour gérer cette « contradiction ». En 1991, ses 60 actionnaires (2) ont mis sur pied ce qu'on pourrait appeler une banque d'affaires publique. L'objectif était d'avoir un impact fort sur la transition économique, dans un créneau particulier : celui du financement de la création ou de la reprise d'entreprises par des prêts ou des prises de participation, là où les autres institutions — Banque mondiale, FMI, Union européenne, Banque européenne d'investissement — n'intervenaient pas. En tant que banque, la BERD doit faire du profit ou, du moins, ne pas perdre d'argent. Son capital lui a, en effet, été confié par les contribuables des pays fondateurs. C'est ainsi que nous avons rétabli nos comptes très rapidement après les pertes que nous avons subies en 1998, lors de la crise bancaire en Russie (3). Il en va également de la crédibilité de la BERD. Mais, en même temps, nous acceptons de ne pas maximiser notre profit, afin de remplir notre mission de soutien à la transition. Nous prenons en effet plus de risques que d'autres en nous aventurant là où les investisseurs privés ne se hasardent pas. Notre tâche est de drainer les investissements « normaux », spontanés, en aidant les investisseurs à réduire leurs propres risques. Car nous sommes respectés dans chaque pays. Au moment de la crise de 1998, l'immunité de la BERD a été respectée. Le défaut de paiement russe ne l'a pas touchée, pas plus que ses partenaires. Comprenez bien que la BERD n'a pas de légitimité pour agir là où d'autres pourraient intervenir aisément. En fait, si nous n'étions pas …

Sommaire

CE QUE JE FERAIS ...

Entretien avec Henry Kissinger par Jacqueline Albert simon

LA VIGIE DU PRESIDENT

Entretien avec Condoleezza Rice par Barbara Victor

L'HERITAGE AMBIGU DE BILL CLINTON

par Justin Vaïsse

ETATS-UNIS: AU-DELA DE L'HEGEMONIE

par Jacques Andreani

FRANCE-ALLEMAGNE: DIVORCE A L'EUROPEENNE

par Jean-Louis Bourlanges

ECONOMIE ALLEMANDE: LES VERTUS DE LA RIGUEUR

Entretien avec Hans Eichel par Jean-Paul PICAPER

L'ALLEMAGNE ET SES SPECTRES

Entretien avec Otto Schilly par Jean-Paul PICAPER

ENVIRONNEMENT: LE MODELE ALLEMAND

Entretien avec Jürgen Trittin par Jean-Paul PICAPER

IRLANDE DU NORD: DANS LA TOURMENTE DE LA PAIX

par Pierre Joannon

LA REFERENCE IRLANDAISE

Entretien avec Bertie Ahern par Pierre Joannon

LA LONGUE MARCHE DE LA BERD

Entretien avec Jean Lemierre par Françoise Pons

POLOGNE: UNE PUISSANCE SE LEVE A L'EST

Entretien avec Aleksander Kwasniewski par Pierre-Antoine Donnet

CHANGEMENT D'ERE A BELGRADE

Entretien avec Vojislav Kostunica par Renaud Girard

SERBIE: QUESTIONS SUR UNE REDEMPTION

par Paul Garde

BALKANS-RWANDA:LA FIN DE L'IMPUNITE

par Alain Franco

INDONESIE: UN OULEMA DANS LA TEMPETE

Entretien avec Abdurrahman Wahid par François Raillon

PEROU : LE REVEUR EVEILLE

Entretien avec Alejando Toledo par Pascal Drouhaud

ON N'ARRETE PAS LE FUTUR

Entretien avec Shimon Peres par Thomas Hofnung

L'APRES-INTIFADA

Entretien avec Fayçal Husseini par Hacène Belmessous

LA COMPLAINTES DES ARABES ISRAELIENS

Entretien avec Mohammed Barakei par Elizabeth Schemla

ISRAEL-PALESTINE : LA DECHIRURE

par Alain Dieckhoff

PROCHE-ORIENT : UN CONFLIT EXISTENTIEL

par Frédéric Encel

LA GUERRE DE L'EAU

par Christian Chesnot