L'EUROPE - PUISSANCE

n° 92 - Été 2001

Laurent Zecchini - Vous êtes le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l'Union européenne. Quel est exactement votre rôle par rapport à celui du président de la Commission européenne, M. Prodi, du commissaire en charge des relations extérieures, M. Patten, ou des ministres des Affaires étrangères des Quinze ?
Javier Solana - Il est différent et complémentaire. Et, croyez-moi, il y a assez de travail pour tous ! Le président de la Commission a un champ d'activités très vaste, qui va bien au-delà de la politique extérieure. Chris Patten, avec qui je travaille en bonne intelligence, veille à ce que les instruments, budgétaires ou autres, dont l'Union dispose en matière de politique extérieure soient aussi efficaces que possible. La Commission est donc étroitement associée à la PESC. Cette association est même l'une des conditions du succès de la PESC. Quant aux ministres des États membres, ils siègent, en même temps, au Conseil de l'Union européenne. Leur action se situe, de plus en plus souvent, dans un cadre européen, mais elle ne se limite pas à celui-ci. C'est pourquoi je dois, bien évidemment, être en contact régulier et étroit avec eux. Si le Traité d'Amsterdam a créé la fonction que j'occupe, c'est parce que le besoin s'en faisait sentir. Il fallait quelqu'un pour assister le Conseil, assurer une continuité, formuler et mettre en œuvre des décisions de politique étrangère. Il s'agit aussi de parler au nom de l'Union, dans le cadre du dialogue politique ou dans les enceintes internationales. L'an dernier, au Conseil de sécurité, j'ai pu ainsi m'exprimer, au nom de l'Union, sur les Balkans. De par ma fonction, je voyage énormément ; je suis, en quelque sorte, le visage et la voix de la PESC dans le monde. Au cours de ma première année de mandat, je me suis rendu dans une quarantaine de pays et ai parcouru près d'un demi-million de kilomètres. Pas pour le plaisir de passer ma vie en avion, vous vous en doutez, mais parce que l'Union se doit d'être de plus en plus présente sur la scène mondiale, partout où elle peut apporter une contribution politique en rapport avec son poids économique. Au travers de situations concrètes — crise macédonienne, Proche-Orient, etc. — mon rôle se précise, acquiert sa substance et ses contours.
L. Z.- L'octroi de pouvoirs accrus à « Monsieur PESC », autrement dit à vous-même, contribuerait-il à renforcer et à accélérer l'intégration de la politique étrangère de l'Union ? En d'autres termes, peut-on envisager de « communautariser » vos fonctions ?
J. S.- Ce n'est pas à moi de le dire ! Je pense que nous avons besoin de quelques structures, comme celle du Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune. Sans doute faut-il les renforcer. Mais il serait pour le moins prématuré d'ouvrir, dès à présent, un débat sur la question d'un éventuel rattachement du Haut représentant à la Commission européenne. Faisons en sorte que les institutions, telles qu'elles existent, fonctionnent. …