DIPLOMATIE AMERICAINE : UN NOUVEAU LEADERSHIP ?

n° 93 - Automne 2001

Nul ne peut en douter : les sanglants attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone « changeront l'Amérique » (1) et ses rapports avec le reste du monde. Pearl Harbor, Spoutnik, Vietnam : la gravité du traumatisme et des blessures subies ce jour-là, outre-Atlantique, appelle des analogies qui font ressortir le caractère historique de ces événements. Quelle sera, à terme, la réaction de l'Amérique face à un tel séisme ? Première contradiction appelée à perdurer : l'opinion publique, en particulier les segments conservateurs, voudrait des résultats rapides et tangibles ; or elle devra s'habituer à une guerre d'un type nouveau qui réclame avant tout de la discrétion, de la patience et de la flexibilité. Quant à l'administration Bush, au moment où elle assemble les pièces de ce qui est appelé à devenir une stratégie durable de sécurisation du territoire américain, elle se trouve prise dans une autre contradiction, vis-à-vis de l'étranger cette fois : les attaques du 11 septembre ont, en effet, renforcé l'idée que l'Amérique devait se défendre et agir seule, tout en consacrant la nécessité d'une coopération internationale élargie - grosse de dilemmes et de compromis. De cette contradiction pourrait découler, plus encore qu'un leadership raffermi, un véritable « appel d'empire » (2).
Un traumatisme d'une magnitude historique

Qu'est-ce qui a changé depuis ce mardi noir ? Tournons-nous d'abord vers le passé pour comprendre. Dès le lendemain du drame, la référence à Pearl Harbor a semblé s'imposer malgré une différence majeure : en 1942, l'ennemi ainsi que les buts de guerre - donc les critères de la victoire - étaient clairement identifiés. Les attaques du 11 septembre sur le Pentagone et le World Trade Center ont été, en outre, trois fois plus meurtrières et ont frappé essentiellement des civils. D'autres parallèles historiques peuvent aider à comprendre l'état de choc dans lequel l'Amérique a été plongée : l'assassinat de J. F. Kennedy (1963), l'explosion de la navette Challenger (1986) ou l'attentat d'Oklahoma City (1995). Pour le reste, l'analogie avec Pearl Harbor fonctionne : l'effet de surprise, l'ampleur des dégâts, la commotion nationale qui suscite un réflexe d'union sacrée, la ferme détermination à ne pas laisser l'attaque impunie. Tout y est !
Le sentiment d'une soudaine vulnérabilité - certains n'ont pas hésité à parler de « viol » - est un autre élément commun aux deux tragédies, qui n'est pas sans rappeler également l'épisode du Spoutnik. On sait que l'Amérique, protégée du monde par deux océans et débarrassée, depuis le milieu du XIXe siècle, de toute menace sérieuse en provenance du Mexique ou du Canada, a toujours chéri son invulnérabilité. Celle-ci appartient à l'inconscient de la « nation élue » (3).
Au XXe siècle, la technologie militaire et l'ouverture du pays ont progressivement mis fin à cette invulnérabilité. L'attaque sur Pearl Harbor a constitué le premier coup de semonce, violent, certes, mais lointain. A l'automne 1942, les Japonais ont également bombardé la côte ouest des Etats-Unis, sans grand succès. Le choc véritable a été …

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