IRAN : LA CAMISOLE DE FORCE

n° 93 - Automne 2001

Brigitte Adès - Partagez-vous le point de vue de ceux qui considèrent que les attaques terroristes du 11 septembre dernier contre les États-Unis vont modifier en profondeur l'approche et les priorités occidentales vis-à-vis du Moyen-Orient et du monde islamique en général ?
Reza Pahlavi Ce qui est sûr, c'est que ces lâches agressions, d'une ampleur sans précédent, jettent par contrecoup une lumière crue sur les insuffisances et les imperfections des systèmes sociaux dans des régions du monde pourtant très éloignées des États-Unis. Elles montrent, tragiquement, comment des problèmes non résolus à des milliers de kilomètres peuvent rejaillir sur la vie d'innocents. Au-delà de la nécessité de livrer les auteurs de ces attentats à la justice, il est clair que le monde entier a besoin aujourd'hui de chercher des solutions durables à la crise moyen-orientale. Il s'agit ni plus ni moins de renoncer à l'usage — si ancré dans ces sociétés — de la force et des armes pour résoudre les problèmes. Ce n'est pas une mince affaire, je vous l'accorde, mais il n'y a pas d'autre issue : seule la promotion de la démocratie et de la justice sociale, en Iran comme au Moyen-Orient, permettront de restaurer la paix et la stabilité. Tant que l'on n'aura pas compris cela, le spectre du khomeinisme continuera de hanter le monde musulman et les démocraties en général.
B. A. - A votre avis, l'Iran était-il impliqué dans les attaques suicide contre le World Trade Center et le Pentagone ?
R. P. - A ce stade, rien n'indique que Téhéran ait été directement mêlé à ces terribles événements. Mais la condamnation des attentats par le président Khatami ne saurait faire oublier les tristes antécédents du régime iranien. Le terrorisme est un monstre à plusieurs têtes et je ne doute pas que l'une de ses têtes se trouve en Iran. Nul n'ignore que le soutien aux mouvements terroristes est une composante ancienne de la politique étrangère de la République islamique. Voilà plus de vingt ans qu'elle inspire, stipendie, entraîne et abrite des individus qui commettent des actes de cette nature dans diverses régions du monde.
B. A. - Est-ce encore le cas actuellement ?
R. P. - Si vous en doutiez, je me contenterais de vous rappeler qu'en avril denier s'est tenue à Téhéran, sous les auspices du président prétendument « modéré » Khatami, la plus importante réunion de groupes islamistes et terroristes que le monde ait connue depuis des années. Il ne faut pas s'y tromper : le régime continue de soutenir moralement et activement des organisations armées qui commettent des actes terroristes au Moyen-Orient ; quant à ses dirigeants, ils n'ont de cesse de dénoncer toute tentative de rapprochement entre Israéliens et Palestiniens.
B. A. - Dans quelle mesure ce radicalisme persistant des mollahs affecte-t-il le peuple iranien ?
R. P. - La virulence du régime contre l'Occident et, en particulier, contre les États-Unis est extrêmement déroutante et pernicieuse pour mes compatriotes. Je n'en donnerai qu'un exemple : peu de temps après avoir …

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