L'ADIEU AU MARK

n° 93 - Automne 2001

Jean-Paul Picaper - Monsieur le Ministre, durant de nombreuses années, l'Allemagne a été la locomotive économique de l'Europe. Aujourd'hui, la situation semble s'inverser. L'économie française semble plus dynamique que la vôtre. Comment expliquez-vous ce retournement de tendance ?
Werner Müller - Il ne faut pas exagérer. Après tout, l'an dernier, l'écart entre les taux de croissance français et allemand n'a été que d'un dixième de point. Du reste, je ne crois pas que l'économie allemande ait perdu de son dynamisme. Au contraire, nous avons mis en route au cours des dernières années des réformes importantes, qu'il s'agisse de la privatisation de la poste, des télécommunications et du marché de l'énergie ou de la refonte de la fiscalité et du régime des retraites. Peu à peu, ces réformes vont exercer leurs effets positifs. Si, au cours des dernières années, les taux de croissance de la France ont été supérieurs aux nôtres, cela ne peut être pour nous qu'un défi de plus à relever. Mais je ne crois pas que ce constat corresponde à une tendance à long terme. A l'avenir, aussi, il faudra s'attendre à des variations dans un sens ou dans l'autre.
J.-P. P. - En France, la situation de l'emploi est meilleure qu'en Allemagne. Vous pratiquez pourtant une politique d'ouverture des marchés, de baisse des impôts et de dérégulation plus ambitieuse que de ce côté-ci du Rhin. N'est-ce pas paradoxal ?
W. M. - Il est exact que, depuis quelque temps, la France a créé davantage d'emplois que l'Allemagne. Mais il ne faut pas oublier que le taux de chômage partait, chez vous, d'un niveau beaucoup plus élevé, culminant encore récemment à plus de 12 %, et que le chômage de longue durée y est deux fois plus important. Il faut donc relativiser les succès de la France dans ce domaine. En Allemagne, l'ouverture des marchés a fait ses preuves. Et pour ce qui concerne la politique fiscale, le gouvernement français envisage à présent des baisses d'impôts parce que le nombre de chômeurs a augmenté au cours des derniers mois. Je ne vois rien de paradoxal dans tout cela.
J.-P. P. - L'économie allemande continue de souffrir de nombreuses rigidités. Les horaires d'ouverture des magasins laissent à désirer. Et, chez vous, un artisan ou un petit entrepreneur passe plus de 70 jours par an à s'occuper de la comptabilité et à remplir des déclarations fiscales au lieu d'assumer des tâches productives dans son entreprise. N'avez-vous pas un peu trop de bureaucratie ?
W. M. - S'agissant des horaires des magasins, j'aimerais dissiper quelques malentendus. Nous avons procédé à de vastes sondages, aussi bien parmi les consommateurs que les détaillants. Or il se trouve que la grande majorité des personnes interrogées ne souhaitent pas modifier ces horaires. Je ne vois donc aucune nécessité de prendre des mesures en ce sens. Le gouvernement a montré néanmoins qu'il était capable d'intervenir quand il le fallait : la loi qui limitait le montant des soldes et des promotions a été abolie. Cette disposition …

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