CIA: LES LECONS DU 11 SEPTEMBRE

n° 95 - Printemps 2002

Michael Ledeen - La catastrophe du 11 septembre constitue un échec des services de renseignement américains. Quelles sont, selon vous, les responsabilités respectives de la CIA, du FBI et des autres agences fédérales (1) ?
James Woolsey - C'est évidemment un échec, mais il n'est pas imputable aux seuls services de renseignement. Certes, nous n'avons pas su anticiper l'événement en infiltrant les réseaux d'Al Qaida. Il reste que le problème est plus vaste et que la sécurité de nos aéroports a été prise, elle aussi, au dépourvu : personne n'a détecté les armes qui se trouvaient dans les bagages des terroristes ; quant à la Federal Aviation Administration (2), elle n'était absolument pas préparée à ce genre d'attaques, bien différentes des détournements d'avions plus classiques. Comment nier, également, que nous avons été incapables de réagir rapidement ? Le président a donné l'ordre d'abattre le troisième avion, mais les chasseurs étaient trop loin pour arriver à temps ! Il y a plusieurs causes à ces défaillances. L'une d'entre elles tient au fait que, au fil des années, l'accumulation des contraintes juridiques a fini par paralyser en partie le FBI, qui ne peut plus jouer son rôle de service de renseignement intérieur. Enfin, même si la CIA avait été le plus brillant service de toute l'histoire de l'humanité, il lui aurait été quasiment impossible d'infiltrer une structure aussi minuscule qu'Al Qaida. Et d'après les informations dont nous disposons, seuls quatre des 19 terroristes responsables des attentats du 11 septembre connaissaient vraiment le plan d'ensemble. En outre, les directives les plus récentes, celles de 1995, rendaient très difficiles la pénétration d'organisations dangereuses.
M. L. - Ben Laden n'était pas un inconnu. Comment se fait-il qu'il n'ait pas été mis hors d'état de nuire ?

J. W. - Il y a quelques années, en 1998, nous étions sur le point de le localiser. La CIA avait trouvé un moyen d'accéder à son réseau téléphonique satellitaire. Malheureusement, les journaux en ont parlé et Ben Laden a changé de méthodes, si bien que nous avons plus ou moins perdu sa trace. En fait, au milieu des années 90, nous avons laissé passer plusieurs occasions de l'arrêter, notamment lorsque les Soudanais ont proposé de nous le livrer. Nous avons décliné leur offre, apparemment parce que certains responsables américains estimaient qu'ils manquaient d'éléments pour obtenir sa condamnation devant un tribunal.
M. L. - Les États-Unis, depuis les années 70, n'ont-ils pas dépendu de façon trop exclusive de leurs moyens de renseignement électronique, au risque d'être noyés sous un flot d'informations impossibles à exploiter ?

J. W. - C'est vrai : nous sommes parfois noyés sous l'information ; mais c'est avant tout parce que nous n'avons pas suffisamment de linguistes pour la traiter correctement. D'un autre côté, ces données, telles les interceptions des communications téléphoniques, sont souvent inestimables. Le renseignement électronique ne doit pas être traité à part. Pour obtenir les meilleurs résultats, il faut recourir simultanément aux trois principales catégories de sources — signaux, images et agents. Je …