GEORGE BUSH ET "L'AXE DU MAL"

n° 95 - Printemps 2002

Jean-Christophe Thiabaud - Vous êtes un conseiller influent du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, et de son adjoint, Paul Wolfowitz. En politique étrangère, vous incarnez, aux côtés de ce dernier, le camp des « faucons ». En matière de lutte antiterroriste, y a-t-il de grandes différences entre les diverses stratégies prônées par les principaux responsables de l'Administration Bush (Colin Powell, Donald Rumsfeld, Condoleezza Rice, Dick Cheney) ?

Richard Perle - Je ne pense pas qu'il y ait de grandes différences d'approche entre les responsables que vous venez de citer, même si la presse est sans cesse à la recherche d'oppositions et de contradictions ! Naturellement, vous pouvez trouver des nuances et des contrastes dans les positions des uns et des autres. Un exemple : le secrétaire d'État est en charge de la diplomatie, tandis que son collègue de la Défense a pour mission de vaincre nos ennemis. Ils ne mettent donc pas l'accent sur les mêmes choses. Mais, en réalité, le fondement de notre politique est le même et est dominé, depuis le 11 septembre 2001, par la guerre que nous menons contre les pays soutenant le terrorisme et contre les terrorismes eux-mêmes. La grande nouveauté, c'est notre décision de porter la guerre là où les terroristes vivent et opèrent... au lieu d'attendre qu'ils accomplissent leurs forfaits aux États-Unis pour s'occuper d'eux.
J.-C. T. - Il y aurait donc unité de vues entre les membres de l'équipe Bush ?

R. P. - Oui, sur ce point, il n'y a aucune divergence de fond. Mais, je le répète, cette unité de perception n'empêche pas chacun d'entre nous d'avoir sa propre opinion quant au calendrier des actions à conduire, au nombre de fronts sur lesquels les États-Unis peuvent combattre simultanément, ou quant à notre pouvoir d'influence sur les États qui ont soutenu le terrorisme ou autorisé des groupes terroristes à utiliser leur territoire.
J.-C. T. - On dit cependant que le secrétaire d'État vous qualifie, vous et votre réseau, de « bombardeurs »...

R. P. - Si c'est vrai, c'est une façon humoristique de décrire la volonté de certains d'entre nous de recourir à la force — une force qui, parfois, est la seule réponse efficace. Les diplomates sont dans leur rôle lorsqu'ils entretiennent l'espoir que la voie diplomatique réussira et lorsqu'ils examinent toutes les possibilités de solution négociée avant de se tourner vers une issue militaire. D'autres responsables, en revanche, sont parvenus à la conclusion que, dans divers cas spécifiques, la diplomatie ne suffisant pas, nous serons finalement contraints d'utiliser la force. Je suppose que c'est pour cette raison qu'on a pu nous surnommer les « bombardeurs ».
J.-C. T. - Comment le président Bush arbitre-t-il entre ses conseillers ?

R. P. - Autant que je puisse en juger, il est en train d'adopter une position dure sur ces questions. C'est lui qui a déclaré que nous ne ferions pas de distinctions entre les terroristes et les États qui les abritent. Plus récemment, il a expliqué que nous n'hésiterons …