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MADAGASCAR: UNE "REVOLUTION DE VELOURS" ?

Comme tous les dix ou vingt ans, de manière cyclique, Madagascar a renoué depuis décembre 2001 avec les temps de crise. Un mouvement de masse non violent a d’abord investi la capitale, puis porté au pouvoir dans un élan de ferveur populaire et religieuse son maire, Marc Ravalomanana, candidat arrivé en tête au premier tour de l’élection présidentielle devant Didier Ratsiraka, le chef de l’Etat sortant. Fort des résultats officiels, l’amiral Ratsiraka, au pouvoir depuis 1975 — malgré une éclipse de 1992 à 1997 — exige un second tour. Il a instauré la loi martiale dans la capitale, l’état de nécessité nationale dans le reste du pays, et a refusé d’abdiquer, s’appuyant sur la fraction de l’armée restée fidèle ainsi que sur les gouverneurs élus des provinces. La «Grande île» du sud-ouest de l’océan Indien, dont l’évolution et les processus de transition politique ont souvent été atypiques, s’est trouvée prise à partir de mars 2002 dans les méandres parfois ubuesques d’un «double pouvoir»: deux présidents, deux gouvernements, deux armées, deux assemblées, deux capitales... Au risque de dériver vers des affrontements dangereux pour la sécurité des personnes et la cohésion d’un pays qui reste l’un des plus pauvres du monde. Aux origines de la crise Didier Ratsiraka, le président sortant, principale figure politique malgache de ces vingt-cinq dernières années, avait été accueilli en 1996 en possible «sauveur», après un échec cuisant et un exil volontaire en France: il avait été réélu de justesse, sans doute plus par lassitude de l’électorat — échaudé par la IIIe réplique brouillonne et anarchique du Pr. Albert Zafy — que par une véritable adhésion populaire. Il rejoignait ainsi le petit peloton des «dictateurs sortis des urnes», anciens chefs d’Etat africains marxisants, chassés par l’émeute et revenus par la voie électorale, comme Mathieu Kerekou au Bénin ou Jerry Rawlings au Ghana. Passant au pire pour un lointain despote imbu de lui-même et de son pays, sachant manipuler hommes et institutions, au mieux pour un fier amiral féru de géopolitique et de francophonie, le président Didier Ratsiraka avait, haut et fort, prêché dans les années 70 la sortie de la zone franc, la fermeture des bases militaires françaises, la révolution, le socialisme et le nationalisme. Il avait ensuite lancé le pays dans une diplomatie «tous azimuts», la production «à outrance», et promis l’autosuffisance pour l’an 2000... Mais le même homme avait dû, dans les années 80, passer par pertes et profits tous ses rêves tiers-mondistes et rallier le camp de la mondialisation libérale, laissant ses proches, et toute une couche souvent plus «profiteuse» qu’entrepreneuriale, accaparer ce qui restait du pouvoir étatique et se distribuer les prébendes. Le troisième mandat de Didier Ratsiraka, arrivé au sommet du pouvoir en 1975, puis réélu en 1982 et 1989 — dans le cadre d’un multipartisme fortement tempéré par l’obligation d’appartenir à un Front national de défense de la Révolution —, avait été brutalement interrompu en 1991 à la suite d’une mobilisation populaire qui présente des similitudes avec le mouvement actuel: sept mois …