NAISSANCE D'UN FASCISME ISLAMISTE ?

n° 95 - Printemps 2002

Depuis les terrifiants attentats du 11 septembre 2001 attribués au terrorisme islamiste international, jamais les médias, les politiques et les innombrables «experts» en «islamologie» n’ont autant parlé de l’«islamisme» et de l’islam en général. Dans un tel contexte de traumatisme mêlé d’une troublante euphorie médiatique non exempte d’arrière-pensées politiques, les analyses ont oscillé entre l’«islamophobie», que sous-tend le dangereux amalgame islam = terrorisme islamiste, et l’islamophilie passionnelle. Cette dernière se manifeste par une nouvelle forme d’auto-censure intellectuelle que nous avons baptisée de manière un peu polémique l’«islamiquement correct» — phénomène inhibiteur qui empêche de nommer clairement et d’étudier, donc de combattre efficacement, le nouveau totalitarisme islamiste lancé à l’assaut des démocraties.
La «nouvelle trahison des clercs»
Conformément à cette forme verte de «pensée unique», les attentats islamistes qui frappent régulièrement les sociétés musulmanes et occidentales sont autant d’occasions — sous prétexte d’éviter l’amalgame — de vanter les qualités intrinsèques du Coran, définitivement proclamé «texte de paix», de louer le monde islamique, «majoritairement tolérant», et même d’affirmer que l’islam orthodoxe, loin d’appeler à la violence, est une «religion d’amour». Les islamo-terroristes auraient en quelque sorte trahi le «véritable» islam, de la même manière que Lénine, Trotski, Staline, Pol Pot, Mao ou Enver Hodja auraient trahi le «véritable» communisme. Inversement, oser rappeler qu’il existe des «passerelles» entre l’islamisme et l’islam orthodoxe est assimilé à une forme d’intolérance et à un crime de lèse-Mahomet. Dans un essai consacré aux formes islamiques de totalitarisme et de judéophobie, Pierre-André Taguieff s’élève contre ce postulat central de l’«islamiquement correct» selon lequel l’existence de «zones d’équivocité» entre l’islamisme et l’orthodoxie musulmane devrait être occultée car susceptible de justifier des thèses «islamophobes», bref de «profiter au méchant». Cette posture accusatoire liberticide rappelle le totalitarisme stalinien pour qui les faits doivent être niés dès lors qu’ils contredisent la «vérité idéologique». Plus l’Internationale islamiste frappe en Algérie, au Pakistan, en Afghanistan, en Indonésie, en Egypte, en Tchétchénie, en France ou en Amérique, plus les autorités morales et intellectuelles proclament «incorrectes» les thèses alarmistes de Samuel Huntington. Pour ce dernier, le monde de l’après-guerre froide ne serait point celui de la «fin de l’histoire» annoncée par Francis Fukuyama mais, au contraire, le commencement d’une nouvelle ère polémologique: celle des affrontements civilisationnels et identitaires. Cette quasi-impossibilité de mener un débat lucide et dépassionné en matière d’islam et de chocs des civilisations est plus grave qu’il n’y paraît. Elle obéit non seulement aux postulats des idéologies progressistes radicales (tiers-mondisme, internationalismes marxistes, etc.) qui combattent l’idée même de frontières nationales ou civilisationnelles et de conflits opposant les sociétés humaines entre elles («nous n’avons pas d’ennemis»), mais elle empêche surtout les Occidentaux de définir clairement la nouvelle menace totalitaire islamiste qui gagne progressivement les masses fanatisées et désespérées du tiers-monde — des masses désireuses de prendre leur revanche sur les «croisés-colonisateurs» européens, les «impérialistes américains» et les «sionistes». Il aura fallu, en effet, attendre le 11 septembre 2001 pour que le paradigme de la guerre froide vole définitivement en éclats, Manhattan ayant constitué le point …