COLOMBIE: LA PRESIDENCE DE TOUS LES DANGERS ...

n° 97 - Automne 2002

COLOMBIE: LA PRESIDENCE DE TOUS LES DANGERS ... Rétablir l'ordre dans un pays gangrené par la violence, redresser l'économie, détruire les plantations qui produisent la quasi-totalité de la cocaïne mondiale et financent les groupes irréguliers, lutter contre la corruption: tels sont les principaux défis auxquels le président Alvaro Uribe Velez — comme ses prédécesseurs — se trouve confronté. La tâche est énorme, titanesque. Ces dernières années, la violence s'est accrue à une vitesse vertigineuse. Désormais, elle menace non seulement la Colombie mais, aussi, tous les pays voisins. Le discours sécuritaire du nouveau chef de l'Etat a séduit une population décimée par 38 ans d'une guerre civile qui ne dit pas son nom. Massacrée par la guérilla des FARC (Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia, Forces armées révolutionnaires de Colombie, 20000 membres, marxistes), de l'ELN (Ejército de liberación nacional, Armée de libération nationale, 4000 membres, guévariste) et par les paramilitaires (7000 membres), soumise aux exactions des bandes organisées et au bon vouloir des narcotrafiquants, la population veut tourner la page d'un conflit intérieur qui a fait plus de 200000 morts depuis 1964. Les Colombiens ne se font pourtant pas d'illusions. Le prix de la paix sera élevé. Les déclarations des civils comme des militaires vont toutes dans ce sens: il faut absolument en finir avec les groupes armés, mais les affronter coûtera cher en vies humaines. L'état d'exception Alvaro Uribe a déjà montré sa détermination. Dans les heures qui ont suivi son investiture, le 7 août, sous une pluie de roquettes qui a fait 21 morts et une cinquantaine de blessés aux abords du palais présidentiel, où se trouvaient 600 invités — dont cinq chefs d'Etat latino-américains —, il a lancé une offensive contre les FARC en faisant bombarder sept campements de la guérilla. Dans la foulée, il a décrété l'état d'exception qui l'autorise à suspendre les lois «incompatibles» avec la situation du pays «en cas de grave altération de l'ordre public, susceptible d'attenter de façon imminente à la stabilité des institutions et à la sécurité de l'Etat». De la droite à la gauche, toute la classe politique a appuyé la décision du président. D'une durée initiale de 90 jours, l'état d'exception peut être reconduit deux fois. Prévu par la Constitution de 1991, il a déjà été utilisé par César Gaviria et Ernesto Samper en 1992, 1994 et 1995 pour tenter de freiner l'escalade de la violence due aux rebelles et aux trafiquants de drogue. Un impôt extraordinaire a également été mis en place, qui vise à collecter 778,5 millions de dollars. La ministre de la Défense, Marta Lucia Ramirez, a précisé que cet impôt servirait à la création de deux nouveaux bataillons d'élite mobiles composés de 3000 soldats ainsi qu'à embaucher 10000 policiers supplémentaires. Sur sa lancée, Alvaro Uribe a nommé un nouveau chef de la police: le général Téodoro Campo Gomez. Agé de 58 ans, il avait activement participé à la campagne électorale du candidat Uribe. A la retraite depuis deux ans — après avoir occupé les postes de directeur …