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INDE-PAKISTAN : LES ENNEMIS INTIMES

Dans un récent sondage d'opinion, on a demandé aux Indiens de nommer les dix personnalités de leur histoire qu'ils admiraient le plus. Le Mahatma Gandhi, le Père de l'indépendance indienne, était exclu de la liste parce que chacun s'accordait à penser qu'il gagnerait haut la main. La victoire revint finalement à Mère Teresa, une religieuse catholique née ... en Albanie. Mais la vraie surprise de ce sondage, c'est qu'un seul homme politique soit parvenu à figurer au palmarès: l'actuel premier ministre, Atal Bihari Vajpayee. Ce résultat symbolise le rejet croissant de la classe politique en Inde — un rejet alimenté par une série de scandales financiers et des affaires de meurtres impliquant des élus. Alors que l'essentiel de la vie publique indienne semble aujourd'hui se résumer à des jeux de pouvoir, où plus de quarante partis de toutes tailles se livrent une lutte acharnée, il devient de plus en plus clair qu'être un homme politique, dans ce pays, n'inspire plus le respect, et encore moins l'admiration. De ce point de vue, Vajpayee constitue une exception, et même un paradoxe. Leader du Parti du peuple indien (Bharatiya Janata Party, BJP), un mouvement nationaliste d'extrême droite hindou, il doit gérer une coalition conflictuelle, composée de communistes, d'ultra-libéraux et d'opportunistes affichés. Pour nombre d'observateurs, il représente la face souriante d'un pouvoir très dur, qui veut faire passer la société indienne d'un régime pluraliste et multiconfessionnel à un Etat autoritaire dominé par les éléments radicaux hindous. Si Atal Bihari Vajpayee a réussi à se faire élire à trois reprises au poste de premier ministre de l'Inde, en 1996, 1998 et 1999, en dépit des dissensions de sa majorité et des soupçons qui pèsent sur son programme, c'est largement grâce à sa personnalité, à la fois consensuelle et atypique. Orateur magnétique, qui sait captiver de larges auditoires, Vajpayee donne, à 78 ans, l'image d'un grand-père modèle doublé d'un artiste. Le premier ministre est sans doute le poète le plus populaire du pays. Il écrit en hindi, la lingua franca de cette nation qui compte plus de cinq cents langues, et emprunte les formes classiques de la poésie indienne pour traiter de sujets très contemporains. Même si les récents revers électoraux du BJP semblent indiquer qu'il a perdu beaucoup d'influence dans l'électorat, son leader sait rassurer au moment où les Indiens sont plus que jamais inquiets pour leur avenir. Le mouvement de libéralisation économique amorcé dans les années 1980, appuyé par un vaste programme de privatisation, a entraîné des changements sociaux massifs et désorienté une large frange de la population. Dans cette interview exceptionnelle, réalisée dans sa résidence officielle de New Delhi, Atal Bihari Vajpayee a accepté de répondre à toutes les questions de Politique Internationale.