L'HOMME DE FER

n° 97 - Automne 2002

Pascal Drouhaud - Monsieur le Président, la question de la sécurité a, bien sûr, été au cœur de votre campagne. Quel bilan tirez-vous de l'action de votre prédécesseur, Andrès Pastrana Arango, dans ce domaine ? Quelles sont, selon vous, les erreurs qu'il a commises ?
Alvaro Uribe - On ne mélange pas indûment les fonctions d'analyste politique et de chef d'État ! Je me suis fixé comme ligne de conduite de ne jamais juger les actions du précédent gouvernement. Je préfère agir et appliquer mon programme, pour le bien de mon pays.
P. D. - Pourriez-vous au moins nous dire quelle est votre approche en matière de sécurité et en quoi cette méthode diffère de celle de l'ancien président ?
A. U. - La priorité de mon gouvernement est de protéger les citoyens colombiens contre tous les agresseurs, quels qu'ils soient. C'est ce que j'appelle la « sécurité démocratique . Elle est démocratique parce que nous protégerons à la fois les partisans et les adversaires du gouvernement, parce que nous assurerons tant la sécurité des industriels que celle des paysans, des défenseurs des droits de l'homme, des journalistes, des professeurs... En fait, la sécurité de tous ! Elle est démocratique, aussi, parce qu'elle s'appuie avant tout sur la coopération des citoyens. Nous allons, en effet, mettre en place un réseau d'un million d'auxiliaires civils de la police et de l'armée. Leur rôle sera de surveiller le territoire et de nous signaler la présence de rebelles dans leur quartier ou dans leur village. Ils ne se substitueront pas à la force publique : ils l'aideront par leurs informations, leur vigilance, leur solidarité. Dans un pays comme le nôtre, il est essentiel que les citoyens soient organisés pour soutenir les forces de sécurité (1). C'est une nécessité. En Colombie, il se produit près de 32 000 assassinats et 3 500 enlèvements chaque année. Les investissements étrangers sont insuffisants. La croissance est faible. Au total, 9 millions de Colombiens vivent dans la misère. Les chômeurs représentent 18 % de la population active. Nous sommes l'une des régions les plus violentes au monde, avec le taux de chômage le plus élevé de toute l'Amérique latine (2).
P. D. - Durant votre campagne, vous avez souhaité à plusieurs reprises un accroissement de l'aide américaine pour vous aider à lutter contre la guérilla et les narcotrafiquants. Quel rôle joueront les États-Unis en Colombie ?
A. U. - Les États-Unis sont nos alliés naturels. Mais nous avons besoin de l'aide de tous ! Aucun pays ne peut ignorer les attaques terroristes dont nous sommes victimes. C'est un enjeu qui concerne l'ensemble du monde démocratique. D'autant que si rien n'est fait, ce conflit risque de se propager et de déstabiliser toute l'Amérique du Sud. Les États-Unis ne sont donc pas les seuls concernés. L'Europe doit également intervenir, et en particulier la France. Je souhaite que la France devienne un guide, un leader pour l'aide européenne à la Colombie. J'ai récemment exposé au président Chirac un projet-pilote qui permettrait …