RUSSIE : LE RETOUR DE L'ÉMINENCE GRISE ?

n° 99 - Printemps 2003

Laurent Vinatier - Bientôt, la Russie se préparera à renouveler son Parlement et à élire - ou réélire - son président. Vladimir Poutine et son parti Unité apparaissent, d'ores et déjà, comme les grands favoris de ces deux scrutins. Il semble que c'est avant tout sur la question tchétchène que le pouvoir russe sera jugé lors des prochaines échéances électorales. La paix en Tchétchénie vous paraît-elle envisageable ?
Boris Berezovski - Non seulement elle est envisageable, mais elle est même inéluctable ! Tout simplement parce que les conflits finissent par s'achever un jour ou l'autre. Mais la question principale n'est pas là. Je la formulerai plutôt ainsi : " Est-ce que le gouvernement actuel peut terminer cette guerre ? " La réponse est non : Poutine n'est pas en mesure, pour l'heure, de mettre un terme aux hostilités. D'abord, parce qu'il ne le veut pas ; et surtout, parce qu'il ne le peut pas ! Il ne suffit plus, comme c'était le cas en 1996, que le président - à l'époque, Boris Eltsine - décrète qu'il va faire la paix. Cette décision avait alors ouvert la voie à la signature du traité de paix de mai 1997 (6), qui fut finalement conclu grâce aux effets conjoints de l'action du général Lebed (7), de l'accord de Khassaviourt (8), de ma propre intervention et de celle d'Ivan Rybkine. Aujourd'hui, le conflit a pris de telles proportions qu'il ne peut être résolu sans une médiation étrangère - voire une interposition de forces internationales entre les belligérants. Seul, Poutine ne pourrait pas obtenir la paix, même s'il le souhaitait - ce qui, je le répète, n'est pas le cas. En cela, la situation de 2003 diffère radicalement de celle qui prévalait en 1996.
L. V. - Pour que la paix soit possible, il faut donc que la Russie change de président ?
B. B. - Exactement. Sans volonté présidentielle, pas de paix. À ce propos, permettez-moi d'opérer un rapprochement avec le président Bush. Poutine et Bush se ressemblent comme deux frères jumeaux : d'abord physiquement, mais surtout par leurs actions. En Irak, Bush s'est mis dans la difficulté tout seul : ni la France ni la Russie ne l'y ont poussé. C'est sa guerre. De la même façon, Poutine est dans l'impasse en Tchétchénie : le conflit actuel résulte de sa propre décision, de son choix de 1999. Aucun des deux n'est capable de sortir de la confrontation sans dommage. Tous deux sont des hommes médiocres, faibles, qui n'ont pas le courage de reconnaître leurs erreurs, de surmonter leur orgueil, d'arrêter la tragédie. Ni l'un ni l'autre ne peuvent reculer. Un article du Times, publié le 13 mars, titrait : " Bush est devenu fou, Blair aussi. " Dans cet article, j'ai vu, pour la première fois, l'expression très dure de " junte militaire " être appliquée à l'entourage de Bush. Là encore, le parallèle est valable : j'affirme qu'il existe une " junte militaire " autour de Poutine. Aujourd'hui, il relève de l'évidence …