Les Grands de ce monde s'expriment dans

Proche-Orient : dans les pas de Léon XIV

$

Un voyage à haut risque

Robert Francis Prevost dit Léon XIV, le premier pape « made in USA », a pour son voyage inaugural à l’étranger choisi le Proche-Orient (Turquie et Liban). Un Proche-Orient qui traverse les heures les plus sombres de son histoire depuis le 7 octobre 2023.

Que peut faire le pape face à cette tragédie ? Sera-t-il à la hauteur de l’enjeu ? C’est la question centrale que pose ce déplacement. En choisissant d’accomplir là ses premiers pas sur la scène internationale, Léon XIV s’expose à un exercice des plus délicats : l’absence de portée de sa voix risque d’apparaître au grand jour. Mais ce pape n’est-il pas, par définition, condamné à l’impuissance face à l’escalade du conflit israélo-arabe ? Ce conflit ayant atteint, ces derniers mois, un niveau de violence encore inédit, la « pax vaticana » dessinée dans les arcanes des palais apostoliques paraît désormais hors d’atteinte sur cette Terre sainte des plus précieuses aux yeux de Rome.

Léon XIV est apparu au balcon de Saint-Pierre au soir du 8 mai 2025 en prônant un message de paix, une paix implorée « pour tous », et qu’il a définie un peu plus tard comme une paix « désarmée et désarmante ». Cette incantation à la paix, psalmodiée d’apparition en apparition, est devenue un leitmotiv. Un peu à la façon dont le pape François s’était imposé comme le pasteur d’une « Église pauvre pour les pauvres », son successeur a choisi la paix pour devise en ce premier quart d’un XXIe siècle marqué par l’explosion des conflits dans le monde.

Répondant le 26 novembre à Castel Gandolfo à la question d’une journaliste sur le message qu’il pourrait délivrer à Israël et au Hezbollah, dans le contexte de la reprise des frappes israéliennes sur le sol libanais, Léon XIV a rappelé qu’il exhortait chacun à « abandonner le recours aux armes comme moyen de résoudre les problèmes », appelant au contraire tous les peuples à se réunir autour d'une même table « pour dialoguer et travailler ensemble à la recherche de solutions aux problèmes qui nous touchent ». « Je pense — a-t-il ajouté — que nous devons travailler ensemble pour rechercher une plus grande unité, le respect de tous les peuples et de toutes les religions. ».

Ce message se heurte pourtant à la réalité du Proche-Orient. Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, le patriarche latin de Jérusalem, qui participait aux journées organisées à Rome à la mi-novembre par la Communauté de Sant’ Egidio, le reconnaissait en coulisses : les deux parties, Israéliens et Palestiniens, ne peuvent même plus se parler ; et cela, y compris hors du champ médiatique. L’heure n’a jamais été aussi grave, admettait même ce cardinal italien parlant hébreu, un homme considéré pour cette raison comme une autorité religieuse capable de jouer un rôle de pont entre les Israéliens et les chrétiens palestiniens.

Face à un tel constat, la voix « prophétique » du pape Léon, cette voix de l’homme en blanc appelant envers et contre tout à la paix, peut dès lors être jugée totalement hors sol. Elle n’est pourtant pas l’unique ligne sur …