Les Grands de ce monde s'expriment dans

Une Amérique antisémite ?

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En 1790, George Washington envoie une lettre à la communauté juive de Newport dans le Rhode Island pour la remercier en ces termes de son accueil : « Que les enfants de la lignée d’Abraham qui se sont établis sur cette terre continuent à mériter et à jouir des bons sentiments de ses autres habitants. Quand quelqu’un vit en sûreté prés de sa vigne et de ses figuiers, nul ne devrait l’effrayer. » Au moment où les États-Unis s’apprêtent à célébrer leur 250e anniversaire, le vœu du premier président ne s’est pas concrétisé. Il suffit de lire la presse pour constater que l’antisémitisme connaît dans le pays une flambée inquiétante. Comme l’écrivait le Département d’État dans un rapport de 2024, on le trouve « à droite, à gauche et au milieu ». On pourrait ajouter : du sommet à la base. La même année, un sondage réalisé pour le compte de l’ADL (ligue anti-diffamation) montrait que 55 % des Juifs américains ont été victimes d’une forme d’antisémitisme et disent avoir modifié leur comportement en conséquence.

Des actes antisémites de plus en plus fréquents

Début 2025 deux attentats ont frappé l’opinion. Au mois de mai, un jeune couple qui travaillait à l’ambassade israélienne a été abattu à la sortie d’une réception au musée de l’Holocauste par un homme qui s’était écrié « libérez la Palestine ». Un mois plus tard à Boulder, dans le Colorado, un individu d’origine égyptienne a lancé des cocktails Molotov sur un groupe de Juifs qui manifestaient en faveur des otages détenus par le Hamas : quinze personnes ont été brûlées, dont une décédera le lendemain. L’assaillant avait, lui aussi, lancé le cri de guerre « libérez la Palestine ». Dans la même tonalité, « je fais cela pour Gaza » a été le motif invoqué par un homme qui, en avril, a mis le feu à la résidence où le gouverneur démocrate de Pennsylvanie dormait avec sa famille. Ce n’est évidemment pas un hasard puisque le gouverneur, Josh Shapiro, est juif — bien qu’il ne prenne aucune part à la politique étrangère. Des organisations d’extrême gauche l’ont même surnommé « genocide Josh » pour avoir protesté contre le harcèlement d’étudiants juifs dans les universités de son État.

L’enseignement est l’un des lieux privilégiés de l’antisémitisme déguisé… ou non. Ainsi, dans le comté de Fairfax, une banlieue plutôt aisée de la capitale, les murs de plusieurs établissements scolaires, qui seraient en France des collèges ou des lycées, ont régulièrement affiché des graffitis antisémites, comme des croix gammées ou des déclarations du type « je ne suis pas raciste, j’aime tout le monde sauf les yahoud » (terme insultant pour désigner les Juifs). Les étudiants juifs ont retrouvé dans leur casier des cartes du Moyen-Orient où Israël ne figurait plus. Ces exemples sont cités dans une lettre qu’une commission parlementaire a adressée en novembre 2025 au surintendant des écoles du comté de Fairfax, l’équivalent d’un inspecteur d’académie. Un courrier semblable est parvenu au responsable du comté de Berkeley en Californie, dans lequel la commission déplore que des professeurs aient encouragé les élèves à participer à …