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Politique Internationale — L’ONU a-t-elle vécu ? Faut-il la supprimer et, dans l’affirmative, par quoi la remplacer ?
Marie Heuzé — Certainement pas la supprimer, mais la renforcer. Elle est indispensable pour répondre à la déconstruction des relations internationales en cours depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et face à l’appétit vorace de puissance et de territoires de Donald Trump depuis 2025.
En quatre-vingt ans, l’ONU a survécu à de nombreuses crises, à des guerres et à des conflits armés sur tous les continents. Elle a accompagné les mouvements de décolonisation et d’indépendance. Ses États membres — 193 aujourd’hui — portent toujours l’espoir d’une paix mondiale, d’une collaboration entre les nations pour le progrès de leurs peuples et le respect de leurs droits fondamentaux ; et cela, bien que l’Organisation n’ait pas tous les moyens d’atteindre ce bel objectif.
Faut-il pour autant supprimer l’ONU à laquelle 193 pays ont adhéré, adopté sa Charte et signé la Déclaration universelle des Droits de l’homme ? Encore une fois, je ne le pense pas. En tout cas, ce n’est certainement pas le Conseil de la Paix lancé par Donald Trump en janvier 2026 au Forum de Davos pour concurrencer l’ONU qui pourra la remplacer ! D’ailleurs, lui-même l’a reconnu. Seuls vingt-deux pays ont adhéré à ce Conseil qui fonctionnera sur un modèle transactionnel, échangeant des « prestations de paix » avec des retours sur investissement financiers ou territoriaux en faveur de ses membres. Le ticket d’entrée fixé par Donald Trump pour en devenir membre permanent est d’un milliard de dollars. On croit rêver…
P. I. — Quelles sont les causes précises qui sont à l’origine de l’impuissance, voire de l’inutilité de l’ONU ?
M. H. — La principale cause tient à la composition du Conseil de Sécurité et aux intérêts divergents de ses cinq membres permanents. De 1945 à 1985, les oppositions entre l’Est et l’Ouest ont dominé ses décisions et ses arbitrages, et ont paralysé son action diplomatique. Sauf exception, il n’a pas pu fonctionner comme un réel instrument de négociation internationale. L’Organisation n’a pu empêcher ni les guerres d’Indochine, de Corée et du Vietnam, ni les nombreux conflits coloniaux. Elle n’a pas non plus participé aux négociations internationales sur le contrôle des armements et a dû laisser la main libre aux deux super-puissances, États-Unis et URSS. C’était la guerre froide.
Après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du régime communiste, on pouvait s’attendre à une collaboration entre les cinq membres permanents du Conseil. Les espoirs d’accords sur des sujets sensibles ont été déçus. Certes, les opérations de maintien de la paix sur mandat de l’ONU se sont multipliées avec leur accord. Mais elles ont enregistré plus d’échecs que de succès en Angola, en Somalie, en Yougoslavie, au Rwanda, au Congo et au Sud-Soudan.
Les Etats-Unis ont conduit en 2003 une intervention militaire en Irak avec le soutien du Royaume-Uni mais sans mandat de l’ONU. Kofi Annan avait profondément irrité Washington, en déclarant « illégale » cette opération parce qu’elle n’avait pas reçu l’accord du …
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