Dans le sillon de chaque personnalité politique, on cherche un héritage, une filiation, un courant. Le nouveau premier ministre britannique n’échappe pas à cette tentative de classification. Mais l’étagère où le ranger est incertaine et sa famille politique apparaît métissée. Andy Burnham serait un peu le fils naturel de Tony Blair et de Jeremy Corbyn, la synthèse entre le New Labour et une gauche travailliste plus interventionniste. Positionné plus à gauche que son prédécesseur Keir Starmer, tout en étant loin d’être aussi « rouge » que Corbyn. Lui-même se définit comme un « socialiste pro-business ».
Parce qu’Andy Burnham s’est peu dévoilé — il n’a pas eu à faire campagne mais a bénéficié d’un putsch éclair —, ses débuts sont scrutés avec attention. Dans sa première intervention devant la Chambre des Communes, lors de la rentrée parlementaire du 1er septembre, le nouveau premier ministre a déploré le « déclin » du royaume. Si Burnham a le sentiment d’être à sa place, celle dont il rêvait depuis trois décennies, il estime que « la Grande-Bretagne n’est pas là où elle devrait être ». Il pointe deux coupables : Margaret Thatcher et le Brexit. « Depuis les années 1980, ce pays a pris une série de mauvaises directions : le pouvoir politique a été centralisé, le pouvoir économique privatisé, le pays désindustrialisé. Puis s’est ajouté le Brexit », a dit le nouveau locataire de Downing Street.
Mais, à l’inverse de son infortuné prédécesseur, Andy Burnham se garde de trop de noirceur. À son arrivée aux affaires, deux ans plus tôt, Keir Starmer n’avait promis que sang et larmes. Certes, son constat sur l’état du Royaume-Uni était lucide et son discours peu suspect de démagogie. Mais son insistance à déplorer l’état dans lequel les conservateurs avaient laissé le pays, au lieu de proposer une vision, avait fini par démoraliser les Britanniques et les milieux économiques. Tout semblait plombé, ardu, voué à l’échec. Les efforts ultérieurs visant à corriger ce sombre narratif furent vains. Andy Burnham, lui, a évité cet écueil pessimiste. Il est possible de redonner de « l’espoir » aux gens, martèle-t-il.
Pour donner le ton, dans le sillage de son intronisation en juillet, Burnham a entrepris une pérégrination estivale à travers le territoire national. Bien meilleur communicant que Starmer, il a lancé une grande « tournée d’écoute » (listening tour), destinée à reprendre contact avec un électorat dont le Labour s’est éloigné. « Ce mois-ci, je sors de Westminster et je viens dans vos villes. Pas pour les photos, mais parce que je veux entendre directement les gens dans leurs communautés », a-t-il écrit dans une tribune avant de prendre la route. À l’envi, l’homme du Nord dénonce la fracture entre Londres et le reste du pays. Westminster serait, pour les Britanniques, le symbole d’un pouvoir lointain et déconnecté de leurs réalités quotidiennes. Il entend casser cette distance. Omniprésent sur les réseaux sociaux, en particulier TikTok, il a cultivé avec décontraction son image de chef proche …
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