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Ukraine : les armes de la victoire ?

Come Back Alive (« Reviens vivant ») est l’une des principales organisations ukrainiennes de soutien aux forces armées. Créée en 2014 au moment de la guerre du Donbass, elle fournit aux unités des équipements, finance leur formation et soutient le développement de nouveaux armements. Mykola Bielieskov y est analyste militaire depuis 2022. Diplômé en relations internationales de l’Université nationale Taras-Chevtchenko de Kiev, il travaille de 2016 à 2019 au think tank Institute of World Policy, avant de rejoindre le département de politique de défense de l’Institut national d’études stratégiques, organisme placé auprès de la présidence ukrainienne. Aujourd’hui considéré comme l’un des experts militaires les plus influents du pays, il intervient régulièrement dans le débat stratégique ukrainien et publie également dans plusieurs institutions et médias internationaux.

Cyrille Amoursky — Pourriez-vous nous présenter Come Back Alive ?

Mykola Bielieskov — Il s’agit d’un phénomène assez unique en Europe. Je m’explique : dans le modèle classique, l’État détient, presque seul, les moyens liés à la sécurité et à la défense ; mais en Ukraine, la guerre a fait émerger une société civile capable de participer directement à l’effort militaire.

Tout commence en 2014. Lorsque l’agression russe débute, notre armée manque parfois d’équipements élémentaires. La fondation naît alors et commence à collecter des fonds auprès des simples citoyens, dans un premier temps, puis ensuite des entreprises, pour acheter, notamment, des gilets pare-balles. C’est d’ailleurs de là que vient son nom : les mots « Reviens vivant » étaient inscrits sur certains de ces gilets.

Avec l’invasion à grande échelle de 2022, nous avons complètement changé de dimension. Depuis 2014, la fondation a collecté plus de 1,6 milliard d’euros, dont la très grande majorité depuis 2022.

C. A. — Quelle proportion de ces financements provient de citoyens et d’acteurs économiques ukrainiens, et quelle proportion provient des partenaires étrangers — et desquels ?

M. B. — À l’heure actuelle, environ 62 % des financements proviennent de partenaires étrangers — particuliers, entreprises, ONG et gouvernements partenaires —, et 38 % de partenaires ukrainiens, notamment des entreprises, des particuliers et des entreprises publiques. Il s’agit toutefois de chiffres approximatifs : pour des raisons de sécurité, tant pour nos partenaires que pour nous-mêmes, nous ne publions pas certaines données avant l’achèvement des projets concernés.

Aujourd’hui, nous fournissons des drones, des systèmes de communication, des véhicules et des moyens de guerre électronique, et nous investissons également dans la formation militaire.

En outre, nous avons la capacité d’agir plus rapidement que l’État et de prendre certains risques. Une administration publique est nécessairement contrainte par davantage de procédures. Nous pouvons, en revanche, tester une technologie qui n’a pas encore totalement fait ses preuves, comme nous l’avons fait avec les drones intercepteurs du projet « Dronopad » (1) ou les premiers drones ukrainiens de frappe en profondeur, comme les « Bober » (2). Nous avons investi dans ces capacités à un moment où l’État hésitait encore. Une fois leur efficacité démontrée, elles ont pu être développées à une bien plus grande échelle.

C’est une particularité fondamentale du modèle ukrainien : l’État reste l’acteur principal de la défense mais il n’est pas le seul. De nombreuses innovations apparaissent dans les unités, les entreprises, les fondations ou les réseaux de volontaires avant d’être reprises par les institutions.

C. A. — Sur le terrain, l’offensive russe se poursuit, mais elle a considérablement ralenti par rapport à l’année dernière. Peut-on dire que l’Ukraine est en train de reprendre l’initiative stratégique ?

M. B. — Je serais plus prudent. Pour qu’il soit justifié de parler de « reprise de l’initiative stratégique », il faudrait que nous menions durablement des opérations offensives et que les Russes soient contraints de s’adapter à nos actions. Dans certaines zones — la région de Dnipropetrovsk, par exemple —, nos contre-attaques ont obligé les Russes à transférer des réserves ; mais ailleurs, spécialement dans la région de Donetsk, c’est encore nous qui devons réagir à leurs offensives. Nous n’avons donc pas « repris l’initiative stratégique ». En revanche, nous avons réussi à enrayer la dégradation progressive de la situation que nous subissions depuis la fin de 2023.

C. A. — Qu’est-ce qui l’explique ?

M. B. — L’Ukraine a réalisé un cycle d’adaptations technologiques et tactiques qui permettent aujourd’hui de mieux contrer le modèle offensif de la Russie, en particulier sa stratégie d’infiltration et ses tentatives visant à couper nos positions avancées de nos arrières.

Nous disposons désormais de capacités de frappe en profondeur beaucoup plus importantes qu’en 2025. Elles permettent d’attaquer les arrières et la logistique russes avant même que leurs équipements n’atteignent le front. Nous avons également développé une défense antiaérienne reposant sur des drones intercepteurs qui nous permettent de détruire plus facilement les Shahed, les Molniya et les Lancet (3), qui nous causaient auparavant de très sérieux problèmes. Enfin, les systèmes terrestres robotisés permettent d’accomplir une partie des missions logistiques ou d’évacuation médicale sans exposer directement des soldats. C’est donc aussi la nature de la guerre qui a changé. Ce n’est plus la guerre d’artillerie que nous connaissions en 2022 et 2023. Il y a encore deux ans, nous comparions le nombre d’obus tirés par les deux camps ; ce n’est plus vraiment pertinent aujourd’hui. Le champ de bataille est désormais largement façonné par les systèmes robotisés.

C. A. — Dans quelle mesure l’Ukraine est-elle aujourd’hui devenue autonome dans ce domaine ?

M. B. — Elle l’est beaucoup plus qu’au début de la guerre. En 2022-2023, nous dépendions presque entièrement de l’aide matérielle et technique de nos partenaires. L’incertitude concernant la pérennité de l’aide américaine nous a obligés à accélérer cette transformation, mais celle-ci avait commencé avant même le retour de Donald Trump à la Maison Blanche : dès la fin 2023, le blocage du paquet d’aide américain (4) nous a conduits à chercher d’autres solutions. Aujourd’hui, environ deux tiers des frappes sont réalisées par des systèmes robotisés. Nos besoins ont donc changé : à 18 ou 20 kilomètres du front, les drones peuvent désormais remplir une partie des missions autrefois dévolues à l’artillerie. Les obus classiques de cette portée sont donc devenus moins importants, d’autant que les pièces qui les tirent doivent s’exposer davantage aux drones ennemis. Nous privilégions désormais les munitions capables de frapper à 35 ou 40 kilomètres.

Les circonstances nous ont obligés à improviser et à chercher des solutions non conventionnelles. Notre complexe militaro-industriel s’est transformé à une vitesse extraordinaire : il compte aujourd’hui environ 900 entreprises et 300 000 employés. Il y a quelques années, cet écosystème n’existait pratiquement pas. Avant 2022, l’Ukraine disposait d’à peine une trentaine d’entreprises du complexe militaro-industriel produisant de manière régulière. Aujourd’hui, plus de 500 entreprises produisent des drones, contre 7 auparavant ; plus de 200 fabriquent des systèmes de guerre électronique, contre 2 ; plus de 100 produisent des systèmes robotisés terrestres, contre aucune ; et plus de 20 produisent des missiles, contre, là encore, aucune avant 2022.

Cette année, l’objectif est de produire environ sept millions de drones et de systèmes robotisés de différents types, contre environ 4.5 millions en 2025. Avec les financements nécessaires, nous pourrions probablement produire deux fois plus ! Mais l’Ukraine ne peut pas financer seule une guerre de cette ampleur. D’où l’importance cruciale du soutien financier de nos partenaires européens.

C. A. — La transformation de la guerre dont vous parlez signifie-t-elle que les armes conventionnelles — artillerie, aviation, missiles — deviennent inutiles ?

M. B. — Non. Les nouvelles technologies sont devenues essentielles, mais elles ne remplacent pas tout. Nous avons toujours besoin de puissants systèmes de défense antiaérienne et antimissiles, d’aviation pilotée et de missiles balistiques et de croisière. Ils remplissent des missions que les systèmes robotisés actuels ne peuvent pas encore accomplir.

La véritable transformation n’est donc pas la disparition des armes classiques, mais leur intégration dans un champ de bataille où les systèmes robotisés jouent désormais un rôle de premier plan.

C. A. — Vous avez plusieurs fois évoqué les « middle strikes », qui semblent avoir joué un rôle important dans le ralentissement de l’offensive russe. De quoi s’agit-il exactement ?

M. B. — La formule « middle strike » désigne les frappes menées entre la profondeur tactique et la profondeur stratégique, globalement entre 20 et 500 kilomètres derrière la ligne de front, même si la majorité se concentre jusqu’à environ 300 kilomètres. L’objectif est de frapper ce qu’on appelle la « profondeur opérative » de l’adversaire, c’est-à-dire sa logistique, ses postes de commandement, ses dépôts, ses moyens de guerre électronique, ses systèmes de défense antiaérienne. En somme, tout ce qui permet à un groupement russe de combattre sur le front.

Nous avions, en particulier en 2022 et 2023, des HIMARS (5), qui ont été extrêmement efficaces, avant que les Russes ne développent progressivement des contre-mesures. L’Ukraine a donc développé ses propres systèmes, tout spécialement des drones capables d’emporter des charges militaires importantes et d’être contrôlés en temps réel. Nous disposons à présent de ces moyens en très grande quantité et pouvons frapper beaucoup plus massivement les arrières russes.

C. A. — Quelle différence faites-vous alors avec les « deep strikes », ces frappes beaucoup plus profondes sur le territoire russe ?

M. B. — Le « middle strike » agit directement sur le fonctionnement des forces russes engagées sur le théâtre des opérations. Le « deep strike », lui, relève d’une approche stratégique : il s’agit de réduire la capacité de la Russie à soutenir la guerre dans la durée.

Ce sont deux logiques différentes, mais complémentaires. En frappant les systèmes de défense antiaérienne russes dans la « profondeur opérative », les « middle strikes » peuvent ouvrir des corridors, ce qui permet ensuite à nos drones stratégiques de pénétrer beaucoup plus profondément.

Par exemple, certains drones ukrainiens lancés contre le sud de la Russie devaient auparavant contourner la Crimée. Aujourd’hui, nous pouvons utiliser des itinéraires beaucoup plus directs, notamment au-dessus de la mer d’Azov.

C. A. — L’Ukraine frappe désormais presque quotidiennement des raffineries, des infrastructures pétrolières ou des entreprises du complexe militaro-industriel russe. Quelle est la logique stratégique de cette campagne ?

M. B. — Elle est assez simple : aucun des deux camps n’est actuellement capable d’atteindre ses objectifs politiques uniquement sur la ligne de front. Chacun cherche donc à affaiblir les arrières de l’autre.

La différence est que la Russie cherche à détruire les infrastructures critiques qui permettent à l’Ukraine de fonctionner comme pays, tandis que nous cherchons principalement à détruire son économie de guerre. L’économie russe dépend fortement du pétrole. Moins la Russie dispose de revenus pétroliers, moins elle dispose de ressources pour financer la guerre.

Même logique concernant son complexe militaro-industriel. Si nous pouvons frapper les chaînes de production des missiles Iskander, par exemple, nous ne cherchons plus seulement à intercepter le missile lorsqu’il est tiré : nous essayons d’empêcher ou de ralentir sa production en amont. Nous avons commencé ce type de frappes dès 2023. Elles sont devenues plus systématiques en 2024, mais ce n’est véritablement que cette année que nous avons atteint une échelle comparable à celle des campagnes russes, en bonne partie grâce à l’augmentation des financements européens.

Le territoire de la Russie est immense et il lui est extrêmement difficile de protéger simultanément toutes les cibles potentielles. L’attaquant dispose d’un avantage puisqu’il choisit le lieu et le moment de la frappe. Pour la première fois, nous pouvons donc jouer de manière beaucoup plus symétrique au jeu que la Russie pratiquait essentiellement contre nous depuis plusieurs années.

C. A. — Mais les drones ont aussi leurs limites par rapport à des missiles classiques…

M. B. — Absolument. Nous dépendons encore beaucoup de drones équipés de moteurs à combustion interne. Ils peuvent voler très loin et sont relativement peu coûteux, mais leur charge militaire reste nettement inférieure à celle d’un missile de croisière ou d’un missile balistique. Il existe toujours un compromis entre la portée et la puissance : plus vous voulez aller loin, plus vous devez réduire la charge militaire.

L’Ukraine développe ses propres missiles, notamment le Neptune et le Flamingo, mais nous n’en disposons pas encore en quantité suffisante pour mener de grandes frappes combinées avec des effets destructeurs comparables à ceux d’un arsenal de missiles beaucoup plus important.

C. A. — À quel moment ces frappes pourraient-elles avoir un effet véritablement stratégique sur la Russie ?

M. B. — C’est la grande question. Nous cherchons à produire un effet cumulatif, à travers des frappes visant les raffineries, les infrastructures pétrolières, les capacités d’exportation, les transports, la logistique et le complexe militaro-industriel. Mais personne ne peut dire exactement à quel moment cette accumulation atteindra un seuil susceptible de modifier les calculs politiques russes. L’objectif est d’accroître progressivement le coût de la guerre pour la Russie, jusqu’au moment où elle jugera préférable de renoncer à certaines de ses exigences plutôt que de continuer à combattre.

C. A. — Ces derniers mois, l’Ukraine a considérablement intensifié ses frappes contre la Crimée, occupée par la Russie depuis 2014. L’objectif est-il d’isoler progressivement la péninsule ?

M. B. — Oui. Le Sud présente une vulnérabilité particulière pour la Russie : la profondeur de son dispositif y est plus faible et les voies logistiques sont beaucoup moins nombreuses que dans le Donbass.

Nous exploitons donc cette géographie. L’idée est de frapper les communications, la logistique et les infrastructures, et d’obliger l’adversaire à consacrer davantage de moyens à leur protection. Nous voyons déjà la Russie redéployer certaines capacités.

C. A. — Peut-on aller jusqu’à imaginer une désoccupation militaire de la Crimée ou du Sud ?

M. B. — Pas à ce stade. Nos objectifs en matière de désoccupation restent pour l’instant limités. Nous menons en réalité une sorte d’expérience militaire sans précédent dans l’histoire. Traditionnellement, on commence par façonner le champ de bataille grâce aux frappes dans la profondeur, puis on engage les forces terrestres dans une offensive. Or, aujourd’hui, nous ne sommes pas en mesure de mener des opérations offensives de grande ampleur. Et pour désoccuper le Sud, il ne suffirait pas de couper la logistique russe : il faudrait également détruire les stocks d’armes, de munitions et de carburant dont dispose les forces russes qui y combattent. Nous essayons donc de répondre à une question : peut-on atteindre des objectifs politiques majeurs exclusivement par des opérations sans contact, sans engager d’importants effectifs au sol ?

C. A. — Mais la Russie peut s’adapter à cette stratégie…

M. B. — Exactement. C’est une guerre extrêmement dynamique. Nous pouvons frapper des objectifs militaires, y compris mobiles, mais les Russes peuvent répondre en attaquant des infrastructures fixes qui sont vitales pour l’Ukraine.

C’est ce qu’ils font aujourd’hui en menant une campagne systématique de frappes contre les infrastructures de la région d’Odessa. En réponse à nos efforts visant à isoler la Crimée, la Russie cherche ainsi à nous imposer un coût économique. Ces attaques font des victimes, mais elles menacent aussi nos capacités d’exportation : le coût de l’assurance maritime augmente et la question est de savoir combien de navires accepteront encore d’entrer dans les ports ukrainiens. D’une certaine manière, les dirigeants russes nous placent donc face à un dilemme : sommes-nous prêts à mettre en danger notre capacité à exporter des céréales et d’autres produits agricoles pour continuer à isoler la Crimée ?

C. A. — Il existe donc un arbitrage entre poursuivre cette campagne et protéger les intérêts économiques ukrainiens ?

M. B. — Oui. La question est de savoir si nous poursuivons les frappes destinées à isoler la Crimée, notamment contre les capacités russes de transbordement maritime en mer d’Azov, ou si nous cherchons davantage à préserver nos propres infrastructures, ce qui pourrait exiger une certaine retenue.

Je ne sais pas quelle réponse choisira le pouvoir ukrainien. Mais il ne faut surtout pas croire que parce que nous possédons un avantage dans certaines technologies, nous pouvons imposer unilatéralement nos conditions et que l’adversaire n’a aucun moyen de prendre des contre-mesures. C’est précisément ce que montre la campagne russe actuelle : chaque avantage ukrainien provoque une adaptation russe, qui place à son tour l’Ukraine devant de nouveaux choix stratégiques.

C. A. — Quel regard portez-vous sur l’action de l’ex-ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov (6), récemment limogé ?

M. B. — Sans exagération, Fedorov est l’un des architectes de la révolution technologique ukrainienne. Il n’était pas prisonnier de l’expérience passée et a contribué à construire un écosystème autour des nouvelles technologies militaires — je pense, notamment, à la plateforme Brave Market (7), qui permet aux unités d’accumuler des points en fonction de leurs résultats puis d’échanger ces points contre des armements et des équipements, ou encore au régime juridique Diia.City (8) qui offre aux producteurs d’armements des conditions fiscales préférentielles. Fedorov a joué un rôle important dans la création de ces structures, y compris lorsqu’il était encore ministre de la Transformation numérique (de 2019 à début 2026) et assumait, de fait, certaines fonctions qui auraient normalement dû relever du ministère de la Défense.

C. A. — On a beaucoup présenté Fedorov et l’ancien commandant en chef Oleksandr Syrsky (9), limogé peu après lui, comme l’incarnation de deux conceptions opposées de la guerre : d’un côté, la technologie et l’innovation ; de l’autre, une approche militaire beaucoup plus traditionnelle…

M. B. — C’est une simplification médiatique. J’ai travaillé et échangé avec Syrsky et je n’ai jamais constaté chez lui de rejet des systèmes robotisés. Il comprenait parfaitement que les drones et les autres plateformes robotisées étaient devenus une composante essentielle de la guerre moderne.

Les critiques qui lui étaient adressées concernaient plutôt sa manière de commander, en particulier sa tendance à intervenir directement au niveau des corps d’armée et des brigades, et le fait que les unités d’assaut étaient placées sous son autorité directe.

Son conflit avec Fedorov était, en fait, surtout institutionnel.

C. A. — C’est-à-dire ?

M. B. — Le ministre de la Défense refusait d’être réduit à une sorte de service chargé d’acheter ce que l’état-major lui demandait. Fedorov a commencé à poser des questions : pourquoi achetons-nous cet équipement plutôt qu’un autre ? Comment cet achat s’inscrit-il dans notre stratégie générale ? Or, même lorsqu’elles étaient légitimes, ces questions ne plaisaient pas nécessairement aux militaires.

Mais au fond, ce problème dépasse les deux hommes. Voilà vingt ans que l’Ukraine essaie de mettre en place un modèle inspiré de l’OTAN, avec une séparation claire entre le ministère de la Défense et le commandement militaire. Force est de reconnaître que nous ne sommes toujours pas parvenus à définir parfaitement leurs responsabilités respectives. Notre loi sur la sécurité nationale prévoit pourtant une primauté politique et administrative du ministre de la Défense. Or, une partie de notre culture militaire continue de considérer que les civils ne devraient pas demander aux hauts gradés pourquoi ils conduisent la guerre de telle ou telle manière. Entre Fedorov et Syrsky, il n’y a donc pas simplement eu une opposition entre un technocrate moderne et un général de l’ancienne école. Ce qui était en jeu, c’était aussi le rapport entre pouvoir civil et commandement militaire.

C. A. — Syrsky a finalement été remplacé par Mykhaïlo Drapaty (10) et Fedorov par Yevhenii Khmara (11). Faut-il s’attendre à un changement profond dans la manière dont l’Ukraine conduit la guerre ?

M. B. — Il ne faut surtout pas croire que Drapaty pourra, à lui seul, résoudre les problèmes de l’armée ukrainienne. Il est compétent, ouvert, communicatif et bénéficie d’un important capital de confiance. Mais les difficultés auxquelles nous sommes confrontés — mobilisation, formation, système de commandement — dépassent largement les compétences d’un seul homme. Je crains donc que, dans six mois ou un an, les mêmes personnes qui aujourd’hui professent leur admiration absolue à l’égard de Drapaty passent à une détestation tout aussi absolue… C’est pratique pour une partie de la société, qui peut faire porter sur un général son insatisfaction concernant la conduite de la guerre. Et c’est également pratique pour les responsables politiques, qui peuvent trouver un bouc émissaire au sein de l’armée. Ma conviction, c’est qu’il faut sortir de cette personnalisation excessive. La capacité de l’Ukraine à transformer son armée ne dépend pas d’un homme providentiel, mais de la mise en place d’une bonne coordination entre le pouvoir politique, le commandement militaire, l’industrie et la société civile.

C. A. — Passons à l’armée russe. Quelles sont les principales difficultés auxquelles elle est aujourd’hui confrontée ?

M. B. — Son problème central reste humain. Ses pertes sont désormais comparables, voire supérieures, au nombre d’hommes qu’elle parvient à recruter grâce aux incitations financières. Le modèle offensif utilisé en 2024 et 2025 a atteint une sorte de plafond : il permet encore aux Russes d’avancer, mais de plus en plus lentement et à un coût croissant.

C’est pourquoi je ne pense pas que la Russie dispose actuellement des moyens nécessaires pour renverser radicalement la situation militaire en sa faveur, même si elle continue à avancer localement ici et là. La défense ukrainienne peut céder par endroits, mais elle ne s’effondre pas.

C. A. — Une nouvelle mobilisation pourrait-elle changer radicalement la donne ?

M. B. — Elle permettrait incontestablement à la Russie de poursuivre la guerre plus longtemps. Mais pas nécessairement de renverser la situation sur le champ de bataille. Celui-ci, je le répète, est désormais façonné par les systèmes qui détectent, frappent et empêchent les concentrations de forces.

C. A. — Pourtant, avec davantage d’hommes, la Russie pourrait amplifier sa stratégie d’infiltration et accentuer la pression sur les lignes ukrainiennes…

M. B. — Afin de reprendre véritablement l’initiative, la Russie doit trouver une réponse aux adaptations technologiques ukrainiennes et disposer des systèmes et des opérateurs nécessaires pour les employer. Envoyer davantage d’infanterie sans résoudre ce problème permettrait de prolonger la guerre, mais pas nécessairement de la gagner.

C. A. — Les Russes continuent malgré tout de progresser dans le Donbass. Sloviansk, Kramatorsk ou Kostiantynivka pourraient-elles finir par tomber ?

M. B. — Bien sûr. Ce sont des villes importantes et nous ne pouvons pas exclure ce scénario. Mais à la vitesse actuelle, il faudrait probablement au moins deux années supplémentaires à la Russie pour conquérir l’agglomération Sloviansk-Kramatorsk. Et même si elle parvenait finalement à nous repousser hors de la région de Donetsk, cela ne signifierait pas qu’elle aurait vaincu l’Ukraine.

C. A. — La Russie dispose-t-elle d’une réserve d’effectifs suffisante pour soutenir cette guerre pendant encore plusieurs années ?

M. B. — Sur le papier, oui. Mais ce n’est pas seulement une question mathématique : il faut pouvoir transformer ces hommes en capacité militaire réelle. À l’heure actuelle, l’Ukraine dispose de suffisamment de moyens pour infliger régulièrement de très lourdes pertes à l’armée russe, de l’ordre de 30 000 à 35 000 tués et blessés par mois. Si la Russie augmente fortement le nombre de soldats engagés, nous devrons augmenter à notre tour notre capacité de frappe. Peut-être que, d’ici là, nous possèderons par exemple des essaims de drones qui permettront à un nombre beaucoup plus limité d’opérateurs de contrôler simultanément un grand nombre de systèmes. C’est une course permanente d’adaptation.

C. A. — Si je résume, vous estimez que même une nouvelle mobilisation ne permettrait pas à Moscou d’obtenir une victoire décisive…

M. B. — Pas dans les conditions actuelles. La Russie ne dispose ni des moyens techniques ni du potentiel humain nécessaires pour renverser radicalement le cours de la guerre en sa faveur. Le prix qu’elle paie aujourd’hui pour ses avancées est beaucoup plus élevé qu’auparavant, alors même que leur rythme ralentit. C’est précisément pourquoi Moscou ne mise pas uniquement sur le champ de bataille mais cherche également à détruire nos infrastructures critiques et espère que les évolutions politiques en Europe finiront par réduire le soutien occidental à l’Ukraine.

C. A. — Ce qui signifie que le sort de la guerre ne se décidera pas nécessairement sur le front…

M. B. — Le front reste évidemment essentiel. Nous devons maintenir les forces russes aussi loin que possible de Zaporijjia, de Dnipro et de Kharkiv, et leur faire payer le prix maximal pour chaque avancée dans la région de Donetsk. Mais, effectivement, l’issue de cette guerre ne se décidera pas uniquement sur le terrain. C’est toute la difficulté de la situation actuelle : la Russie peut continuer à avancer sans être capable de gagner, tandis que l’Ukraine peut parvenir à contenir la Russie sans réussir à transformer ce résultat militaire en règlement politique.

C. A. — Si l’on regarde maintenant vers l’avenir, à quoi pourrait ressembler l’armée ukrainienne dans quelques années ? Vous l’avez dit : en 2022, la guerre reposait encore largement sur les chars et l’artillerie ; puis les drones ont pris une place croissante. Quelle sera la prochaine étape ?

M. B. — L’automatisation, les essaims de drones et la réduction du facteur humain. Aujourd’hui, nous fonctionnons encore essentiellement selon le principe suivant : un opérateur, un système. Or, le nombre de missions à accomplir ne cesse d’augmenter. Si nous parvenons à maîtriser des systèmes véritablement autonomes et surtout les essaims, un nombre beaucoup plus limité de personnes, je l’ai évoqué, pourra accomplir beaucoup plus de missions. Pour l’Ukraine, ce serait particulièrement important parce que nous sommes confrontés à une pénurie de personnel. L’automatisation permettrait de libérer des opérateurs pour d’autres tâches et d’utiliser beaucoup plus efficacement des ressources humaines limitées.

Si l’Ukraine parvenait à maîtriser les essaims avant la Russie, cela nous donnerait un avantage considérable. Mais, vous vous en doutez, l’adversaire travaille aussi sur ces aspects.

C. A. — Peut-on imaginer, à terme, un champ de bataille où l’être humain deviendrait presque secondaire ?

M. B. — Le facteur humain ne va pas disparaître. Même les systèmes les plus automatisés doivent être programmés, entretenus, préparés et intégrés dans une opération. Et il est extrêmement difficile de prévoir aujourd’hui ce que sera la guerre dans quelques années. Reste que les grandes tendances sont déjà visibles : les moyens de frappe deviennent moins chers et plus nombreux, leur portée augmente et la profondeur du champ de bataille ne cesse de s’étendre.

C. A. — Quelle est, selon vous, la principale erreur que commettent aujourd’hui les responsables politiques et les analystes occidentaux lorsqu’ils évaluent cette guerre ? Qu’auraient-ils dû comprendre après plus de quatre années de conflit ?

M. B. — Une erreur revient constamment : la sous-estimation des Ukrainiens et de leur capacité d’innovation. Très longtemps, le scénario dominant consistait à penser que la Russie finirait nécessairement par l’emporter grâce à sa masse. Or, nous avons montré que nous pouvions opposer à cette masse notre rapidité d’adaptation et, dans certains domaines, des capacités technologiques que la Russie ne possède pas ou qui sont plus performantes que les siennes et, donc, neutraliser une partie de l’avantage quantitatif russe.

C. A. — Quelle leçon les armées européennes devraient-elles en tirer ?

M. B. — Il faut d’abord éviter de croire qu’une technologie particulière va remplacer toutes les autres. Les technologies évoluent en permanence et l’adversaire s’adapte à son tour. Ce qui fonctionne aujourd’hui peut être beaucoup moins efficace dans six mois.

La véritable leçon de cette guerre n’est donc pas qu’il faut simplement acheter davantage de drones. C’est qu’une armée doit être capable d’apprendre, d’expérimenter et de transformer extrêmement rapidement les enseignements du champ de bataille en nouvelles capacités.

C. A. — Si le champ de bataille ne suffit pas à décider de l’issue de cette guerre, quel est aujourd’hui l’objectif politique réaliste de l’Ukraine ?

M. B. — Je le répète, l’objectif général est d’empêcher la Russie de dicter les conditions du futur règlement. Malheureusement, compte tenu des réalités actuelles, il n’est pas envisageable de libérer militairement à court terme tous les territoires ukrainiens occupés, même s’ils restent ukrainiens au regard du droit international. Nous voulons parvenir à un cessez-le-feu qui n’impliquera ni notre retrait des territoires que la Russie revendique mais n’a pas réussi à conquérir, ni des concessions qui porteraient atteinte à notre souveraineté : nous n’accepterons ni une neutralité permanente, ni de renoncer à notre candidature à l’OTAN, ni de restreindre nos capacités de défense à un point tel que le pays serait vulnérable à une nouvelle agression russe.

C. A. — L’Ukraine serait-elle prête aujourd’hui à geler la ligne de front ?

M. B. — Oui. Nous sommes prêts à geler la ligne de front et à cesser les hostilités. Le président l’a déjà exprimé lorsqu’il a expliqué que la ligne de démarcation devait servir de base aux négociations. Pour parvenir à un règlement, Moscou doit donc réduire ses exigences jusqu’à ce que les positions des deux parties puissent se rejoindre. Aujourd’hui, la seule base réaliste est le gel de la ligne de front.

C. A. — Que voudriez-vous dire aux dirigeants européens ?

M. B. — L’Europe est aujourd’hui notre principal partenaire. Elle finance une grande partie de notre effort de guerre et du développement de notre complexe militaro-industriel. Le message essentiel à envoyer à Poutine — lequel espère que des changements politiques en Europe finiront par affaiblir ce soutien — est que, quoi qu’il arrive, l’Europe restera aux côtés de l’Ukraine sur le long terme.

C. A. — Et concernant la France en particulier ?

M. B. — L’Ukraine apprécie le rôle particulier joué par la France, notamment au sein de la Coalition des volontaires, ainsi que son appui politico-diplomatique et militaire. Les Caesar ont obtenu d’excellents résultats, tout comme les AASM Hammer ou les Storm Shadow (12). La volonté française de transférer certaines licences de production est également très importante. Il ne faut pas changer de cap, et ce risque existe selon le résultat des élections présidentielles en 2027.

C. A. — Pourquoi l’intégration à l’Union européenne est-elle aussi importante dans la perspective de l’après-guerre ?

M. B. — Parce que la reconstruction de l’Ukraine et ce que deviendra notre pays dépendent en grande partie de la rapidité de cette intégration. Bien sûr, ce processus implique aussi des obligations et des réformes que nous devrons accomplir. On peut gagner la guerre et perdre la paix.

Je suis convaincu que nous tiendrons dans cette guerre. La question est de savoir à quel prix, et combien de temps il faudra avant que Poutine soit contraint d’admettre qu’il ne peut pas atteindre ses objectifs. C’est dans cette bataille pour la paix que l’adhésion à l’Union européenne sera fondamentale.

C. A. — Existe-t-il un risque qu’après un cessez-le-feu, une Russie qui aurait reconstitué ses forces cherche à tester directement l’OTAN, par exemple dans les pays baltes ?

M. B. — Hypothétiquement, oui. On ne peut pas l’exclure si la Russie conserve un potentiel militaire important et parvient ensuite à le reconstituer. Mais tant qu’elle mène cette guerre contre nous, qu’elle subit des pertes considérables et perd des quantités importantes d’équipements, elle ne dispose pas du potentiel nécessaire pour défier directement l’OTAN à grande échelle.

C’est aussi, je le répète une fois encore, pour cette raison que les Européens soutiennent l’Ukraine. Ce n’est pas seulement de l’altruisme : ils ont un intérêt rationnel à ce que la menace russe soit contenue en Ukraine et que Moscou ne dispose pas des moyens nécessaires pour lancer un défi militaire direct à l’Alliance.

C. A. — En un mot : l’enjeu pour l’Europe dépasse la seule survie de l’Ukraine…

M. B. — Absolument. Nos partenaires ont intérêt non seulement à parvenir à un règlement, mais à ce que la Russie sorte de cette guerre suffisamment affaiblie pour ne pas constituer une menace militaire directe pour les pays de l’OTAN pendant au moins cinq à sept ans.

C’est pourquoi la question fondamentale n’est pas seulement de savoir comment cette guerre se terminera, mais ce qui viendra après. Quelle Russie sortira de cette guerre ? Quelle Ukraine en sortira ? Quant à l’Europe, aura-t-elle utilisé tout ce temps pour construire une structure de sécurité qui la prémunira contre le risque d’une nouvelle guerre ?

(1) En ukrainien, « Pluie de drones », programme de Come Back Alive consacré au développement et au déploiement de drones intercepteurs ukrainiens, conçus notamment pour détruire les drones russes de reconnaissance et d’attaque. Il participe à l’émergence d’une défense aérienne moins coûteuse, reposant sur des drones pour neutraliser d’autres drones.

(2) En ukrainien, « Castor » : drone d’attaque à longue portée développé avec le soutien de Come Back Alive. Apparu en 2023, il est conçu pour frapper des objectifs situés à plusieurs centaines de kilomètres derrière les lignes russes et a notamment été employé lors de frappes visant le territoire de la Fédération de Russie.

(3) Les Shahed, de conception iranienne et désormais produits en Russie, sont des drones à longue portée utilisés notamment contre les villes et infrastructures ukrainiennes ; les Molniya sont des drones d’attaque légers et bon marché employés principalement à proximité du front ; les Lancet, plus sophistiqués, sont des munitions rôdeuses russes utilisées notamment contre les véhicules, l’artillerie et d’autres cibles militaires.

(4) À l’automne 2023, le Congrès américain s’est enlisé dans plusieurs mois de négociations sur une nouvelle enveloppe d’aide à l’Ukraine. Les livraisons américaines ont fortement ralenti pendant cette période, avant l’adoption, en avril 2024, d’un paquet d’environ 61 milliards de dollars destiné à l’Ukraine.

(5) « High Mobility Artillery Rocket System » : lance-roquettes multiple américain monté sur camion, livré à l’Ukraine à partir de l’été 2022. Employé notamment avec les roquettes guidées GMLRS, d’une portée d’environ 70 à 80 km, il a permis aux forces ukrainiennes de frapper avec précision les dépôts de munitions, postes de commandement et nœuds logistiques russes situés derrière le front.

(6) Homme politique ukrainien aujourd’hui âgé de 35 ans, proche de longue date de Volodymyr Zelensky, ministre de la Transformation numérique de 2019 à 2026, puis ministre de la Défense de janvier à juillet 2026. Figure centrale de la modernisation technologique de l’État ukrainien, il a joué depuis 2022 un rôle majeur dans le développement de l’écosystème ukrainien des drones et dans la numérisation de l’effort de guerre. Son limogeage en juillet 2026, après seulement six mois à la Défense, a suscité de vives réactions en Ukraine, et il est désormais entré dans l’opposition.

(7) Plateforme numérique ukrainienne lancée en avril 2025, conçue comme une « place de marché » des technologies de défense. Elle permet aux unités militaires de choisir directement auprès des fabricants des drones, systèmes robotisés terrestres, équipements de guerre électronique et autres matériels. Depuis août 2025, les unités peuvent notamment les obtenir grâce à des « points de combat », attribués en fonction de missions accomplies sur le champ de bataille.

(8) Régime juridique et fiscal préférentiel créé en 2022 pour soutenir le secteur technologique ukrainien, puis élargi aux entreprises de la défense tech, notamment aux fabricants de drones. Il offre une fiscalité avantageuse et un cadre facilitant l’investissement et l’emploi. Depuis janvier 2026, il est complété par « Defence City », régime spécifiquement destiné aux entreprises de l’industrie de défense, qui leur accorde notamment des avantages fiscaux et douaniers.

(9) Général ukrainien, 61 ans, commandant des forces terrestres de 2019 à 2024, puis commandant en chef des forces armées de février 2024 à juillet 2026. Artisan de la défense de Kiev en 2022 et de la contre-offensive de Kharkiv, il a ensuite été vivement critiqué pour son style de commandement jugé très vertical et le coût humain de certaines opérations. Il a été remplacé en juillet 2026 par le général Mykhaïlo Drapaty, sur fond de fortes tensions avec Mykhaïlo Fedorov, de critiques de sa gestion de l’armée et de manifestations réclamant son départ.

(10) Major-général ukrainien, âgé de 43 ans, nommé commandant en chef des forces armées en juillet 2026. Combattant depuis le début de la guerre russo-ukrainienne en 2014, il s’est notamment illustré lors des combats pour la libération de Marioupol cette année-là, puis dans la défense de la région de Kharkiv face à la nouvelle offensive russe de 2024. Ancien commandant des forces terrestres puis des forces conjointes, il incarne une nouvelle génération d’officiers ukrainiens dont l’expérience s’est principalement forgée dans la guerre contre la Russie.

(11) Général-major ukrainien et ministre de la Défense depuis août 2026, successeur de Mykhaïlo Fedorov. Aujourd’hui âgé de 42 ans, il a été officier des forces spéciales pendant vingt ans. Il a servi dans l’unité « Omega » puis au sein du groupe « Alpha » du SBU, dont il dirigeait depuis 2023 le Centre des opérations spéciales « A ». Spécialiste des opérations antiterroristes et des technologies sans pilote, il a notamment participé aux combats dans le Donbass depuis 2014, à la libération de la région de Kiev et à l’opération de reconquête de l’île aux Serpents. Il avait brièvement assuré l’intérim à la tête du SBU début 2026 avant de rejoindre le ministère de la Défense.

(12) CAESAR : canon automoteur français de 155 mm monté sur camion, produit par KNDS France. Mobile et précis, il est notamment capable d’effectuer des tirs à plusieurs dizaines de kilomètres et constitue l’un des principaux systèmes d’artillerie occidentaux livrés à l’Ukraine depuis 2022.

(13) L’AASM Hammer est une bombe guidée air-sol française produite par Safran, dotée d’un kit de propulsion et de guidage lui permettant de frapper avec précision à plus de 70 km.

(14) Le Storm Shadow — appelé SCALP-EG dans sa version française — est un missile de croisière franco-britannique aéroporté, conçu pour frapper à longue distance des objectifs fixes de haute valeur ; sa portée est supérieure à 250 km.