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Ukraine : les armes de la victoire ?

Come Back Alive (« Reviens vivant ») est l’une des principales organisations ukrainiennes de soutien aux forces armées. Créée en 2014 au moment de la guerre du Donbass, elle fournit aux unités des équipements, finance leur formation et soutient le développement de nouveaux armements. Mykola Bielieskov y est analyste militaire depuis 2022. Diplômé en relations internationales de l’Université nationale Taras-Chevtchenko de Kiev, il travaille de 2016 à 2019 au think tank Institute of World Policy, avant de rejoindre le département de politique de défense de l’Institut national d’études stratégiques, organisme placé auprès de la présidence ukrainienne. Aujourd’hui considéré comme l’un des experts militaires les plus influents du pays, il intervient régulièrement dans le débat stratégique ukrainien et publie également dans plusieurs institutions et médias internationaux.

Cyrille Amoursky — Pourriez-vous nous présenter Come Back Alive ?

Mykola Bielieskov Il s’agit d’un phénomène assez unique en Europe. Je m’explique : dans le modèle classique, l’État détient, presque seul, les moyens liés à la sécurité et à la défense ; mais en Ukraine, la guerre a fait émerger une société civile capable de participer directement à l’effort militaire.

Tout commence en 2014. Lorsque l’agression russe débute, notre armée manque parfois d’équipements élémentaires. La fondation naît alors et commence à collecter des fonds auprès des simples citoyens, dans un premier temps, puis ensuite des entreprises, pour acheter, notamment, des gilets pare-balles. C’est d’ailleurs de là que vient son nom : les mots « Reviens vivant » étaient inscrits sur certains de ces gilets.

Avec l’invasion à grande échelle de 2022, nous avons complètement changé de dimension. Depuis 2014, la fondation a collecté plus de 1,6 milliard d’euros, dont la très grande majorité depuis 2022.

C. A. — Quelle proportion de ces financements provient de citoyens et d’acteurs économiques ukrainiens, et quelle proportion provient des partenaires étrangers — et desquels ?

M. B. — À l’heure actuelle, environ 62 % des financements proviennent de partenaires étrangers — particuliers, entreprises, ONG et gouvernements partenaires —, et 38 % de partenaires ukrainiens, notamment des entreprises, des particuliers et des entreprises publiques. Il s’agit toutefois de chiffres approximatifs : pour des raisons de sécurité, tant pour nos partenaires que pour nous-mêmes, nous ne publions pas certaines données avant l’achèvement des projets concernés.

Aujourd’hui, nous fournissons des drones, des systèmes de communication, des véhicules et des moyens de guerre électronique, et nous investissons également dans la formation militaire.

En outre, nous avons la capacité d’agir plus rapidement que l’État et de prendre certains risques. Une administration publique est nécessairement contrainte par davantage de procédures. Nous pouvons, en revanche, tester une technologie qui n’a pas encore totalement fait ses preuves, comme nous l’avons fait avec les drones intercepteurs du projet « Dronopad » (1) ou les premiers drones ukrainiens de frappe en profondeur, comme les « Bober » (2). Nous avons investi dans ces capacités à un moment où l’État hésitait encore. Une fois leur efficacité démontrée, elles ont pu être développées à une bien plus grande échelle.

C’est une particularité fondamentale du modèle ukrainien : l’État reste l’acteur principal de la défense mais il n’est pas le seul. De nombreuses innovations apparaissent dans les unités, les entreprises, les fondations ou les réseaux de volontaires avant d’être reprises par les institutions.

C. A. — Sur le terrain, l’offensive russe se poursuit, mais elle a considérablement ralenti par rapport à l’année dernière. Peut-on dire que l’Ukraine est en train de reprendre l’initiative stratégique ?

M. B. — Je serais plus prudent. Pour qu’il soit justifié de parler de « reprise de l’initiative stratégique », il faudrait que nous menions durablement des opérations offensives et que les Russes soient contraints de s’adapter à nos actions. …