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Boko Haram et la menace d'un djihad africain



En mars et en avril, dans le nord du Nigeria, Boko Haram a subi de lourds revers face à la riposte organisée par cinq armées africaines : celle du Nigeria, mais aussi celles du Niger, du Cameroun, du Tchad et du Bénin. Des localités ont été libérées de l'emprise de la secte islamiste par l'armée tchadienne en territoire nigérian. Fin mars, l'armée nigériane a reconquis la ville de Gwoza, fief de Boko Haram. Près de 700 femmes et enfants enlevés par la secte ont été libérés fin avril 2015 dans la forêt de Sambisa, une zone de savane située dans le nord du pays, sans pour autant que les 300 lycéennes de Chibok, dont l'enlèvement en avril 2014 avait suscité un émoi international, ne soient rendues à leurs familles.
Cependant, l'organisation est loin d'être vaincue et les 1,5 million de civils ayant fui le nord-est du pays ne sont pas rentrés chez eux. Depuis 2014, la secte islamiste nigériane, qui s'est récemment ralliée à l'État islamique en Irak et au Levant (Daech), a pris une dangereuse dimension sous-régionale. Devenu impopulaire là où il est apparu, ce groupe armé, combattu par des milices de civils et, bien sûr, par la police et l'armée dans son pays d'origine, exporte chez ses voisins ses violences, ses méthodes de recrutement forcé, ou y pousse à l'exode des milliers de civils, comme au Tchad après les massacres de Baga perpétrés sur les rives du lac Tchad en janvier 2015. Au Cameroun, Boko Haram aurait recruté des centaines de jeunes, parfois de force, en procédant à des enlèvements. La secte a par ailleurs eu recours à des prises d'otages, notamment de la famille française Moulin-Fournier, en vacances au Nord-Cameroun en février 2013, mais aussi de nombreux dignitaires locaux et d'opérateurs étrangers. Pas moins de 27 Camerounais et Chinois kidnappés en mai et juillet 2014 à Waza et Kolofata ont été libérés en octobre 2014, contre des rançons qui servent ensuite à mieux recruter...
Pis encore : la montée en puissance de Boko Haram fait craindre, à long terme, l'émergence d'un « djihad africain ». En effet, l'organisation a déjà noué des liens avec le groupe Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) du Nord-Mali et la milice des Al-Shebab en Somalie.


Mali, Nigeria, Somalie : les nouveaux terreaux du djihad


Les katibas ou phalanges d'Aqmi sont apparues en 2000 dans le nord du Mali. Un problème d'abord et avant tout « algérien », estimait Amadou Toumani Touré (« ATT »), le président malien au pouvoir à partir de 2002. Chassé en mars 2012 par un coup d'État militaire, alors qu'une coalition de rebelles touaregs et d'islamistes armés s'emparait des trois régions nord du pays, ATT a ensuite été accusé par la presse et l'opinion publique maliennes de laxisme face au péril islamique mais, aussi, de « corruption » : il était soupçonné, au mieux, d'avoir fermé les yeux sur le très lucratif « business des otages » qui alimentait les caisses des djihadistes ; au pire d'y avoir …